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CHAPITRE XI. 55o
Quatorze mille hommes, et déjà , à l’excep-tion d’environ six mille hommes , le reste n’a-vait plus forme de division, de brigade et derégiment.
La nuit, la faim , le froid , la chute d’unefoule d’officiers, la perte des bagages, laissés del’autre côté du fleuve , l’exemple de tant defuyards, celui, bien plus rebutant, des bles-sés qu’on abandonnait sur les deux rives , etqui se roulaient de désespoir sur une neigeensanglantée , tout enfin les avait désorgani-sés ; ils s’étaient perdus dans la masse deshommes débandés qui arrivaient de Moscou .
C’était encore soixante mille hommes, maissans ensemble. Tous marchaient pêle-mêle, ca-valerie , fantassins , artilleurs , Français etAllemands ; il n’y avait plus ni aile, ni centre.L’artillerie et les voitures roulaient au traversde cette foule confuse , sans autre instructionque celle d’avancer autant que possible.
Sur cette chaussée , tantôt étroite , tantôtînontueuse, on s’écrasait à tous les défilés ,pour se disperser ensuite partout où l’on es-pérait trouver un asile ou quelques aliments.Ce fut ainsi que Napoléon arriva à Kamen ;il y coucha , avec les prisonniers du jour pré-cédent, qu’on parqua. Ces malheureux, aprèsavoir dévoré jusqu’à leurs morts , périrentpresque tous de faim et, de froid.
Le 5o , il fut à Pleszczénitzy. Le duc deHeggio, blessé , s’y était retiré la veille avec
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