35o LIVRE XI.
et dont la chaleur survivait et combattait en-core.
L’autorité des chefs était d’ailleurs restéeentière et respectée, parce qu’elle avait tou-jours été toute paternelle , et que les dan-gers , les triomphes, les maux , avaient tou-jours été en commun. C’était une famillemalheureuse dont le chef était peut-être leplus à plaindre. Ainsi l’empereur et la grande-armée gardaient l’un envers l’autre un tristeet noble silence : on était à la fois trop fierpour se plaindre et trop expérimenté pourn’en pas sentir l’inutilité.
Cependant Napoléon entre précipitammentdans son dernier quartier impérial; il y achèveses dernières instructions, et le vingt-neu-vième et dernier bulletin de son armée expi-rante. Des précautions furent prises dans sonappartement intérieur, pour que , jusqu’aulendemain, rien de ce qui allait s’y passer netranspirât.
Mais le pressentiment d’un dernier malheursaisit ses officiers ; tous auraient voulu le sui-vre. Ils étaient affamés de revoir la France ,de se retrouver au sein de leurs familles, etde fuir cet atroce climat ; mais aucun n’osaiten témoigner le désir : le devoir et l’honneurles retenaient.
Pendant qu’ils feignaient un repos qu’ilsétaient loin de goûter, la nuit et l’instant quel’empereur avait désignés pour déclarer aux