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LIVRE XII.
Ceux de nos soldats jusque-là les plu*persévérants, se rebutèrent. Tantôt la neig' 1 -'s’ouvrait sous leurs pieds , plus souvent sa sur'face miroitée ne leur offrant aucun appui,ils glissaient à chaque pas et marchaient dechute en chute ; il semblait que ce sol ennemirefusât de les porter, qu’il s’échappât sous leursefforts • qu il leur tendît des embûches commepour embarrasser, pour retarder leur marche,et les livrer aux Russes qui les poursuivaient,ou à leur terrible climat.
Et réellement, dès qu’épuisés ils s’arrêtaientun instant, l’hiver, appesantissant sur eux samain de glace , se saisissait de cette proie. C’é-tait vainement qu alors ces malheureux , sesentant engourdis , se relevaient, et que, déjàsans voix, insensibles et plongés dans la stu-peur, ils faisaient quelques pas tels que desautomates ; leur sang se glaçant dans leurs vei-nes , comme les eaux dans le cours des ruis-seaux , alanguissait leur cœur, puis il refluaitvers leur tête : alors ces moribonds chancelaientcomme dans un état d’ivresse. De leurs yeuxrougis et enflammés par l’aspect continuel d’uneneige éclatante , par la privation du sommeil,par la fumée des bivouacs , il sortait de véri-tables larmes de sang ; leur poitrine exhalaitde profonds soupirs ; ils regardaient le ciel,nous et la terre d’un-œil consterné, fixe ethagard : c’étaient leurs adieux à cette naturebarbare qui les torturait, et leurs reproches
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