3 7 o LIVRE XII.
cer les portes des maisons, celles des magasins,ou se traînant aux hôpitaux : et tout les re-poussait; aux magasins, c’étaient des forma-lités bien intempestives , puisque les corpsétant dissous et les soldats mêlés, toute dis-tribution régulière était impossible.
Il y avait là quarante jours de farine et depain, et trente-six jours de viande pour centmille hommes. Aucun chef n’osa donner l’or-dre de distribuer ces vivres à tous ceux quise présenteraient. Les administrateurs qui lesavaient reçus craignirent pour leur respon-sabilité ; les autres redoutèrent les excès aux-quels se livrent les soldats affamés, quand ilsont tout à discrétion. Ces administrateurs igno-raient d’ailleurs combien notre position étaitdésespérée, et, quand à peine le temps de pil-ler restait, on laissa plusieurs heures nos mal-heureux compagnons d’armes mourir de faimdevant ces grands amas de vivres, dont l’en-nemi s’empara le lendemain.
Aux casernes, aux hôpitaux, ils ne furentpas moins rebutés, mais non par des vivants ,car la mort seule y régnait. Quelques mori-bonds y respiraient encore ; ils se plaignaientque depuis long-temps ils étaient sans lits ,sans paille même, et presque abandonnés. Lescours, les corridors, et jusqu’aux salles, étaientremplis de corps entassés ; c'étaient des char-niers infects.
Enfin les soins de plusieurs chefs , tels