CHAPITRE Y. 3gi
subir le joug de leur espoir, et, traînant no-tre infortune au travers de leur odieuse joie ,marcher sous l’insupportable poids d’un mal-heur haï.
Les faibles restes de la grande-armée ne pliè-rent point sous ce faix. Son ombre, déjà pres-que détrônée , se montra toujours imposante :elle conserva son air de souveraine : vaincuepar les éléments , elle garda devant les hom-mes ses formes victorieuses et dominatrices.
De leur côté, les Allemands, soit lenteur,soit crainte , nous accueillirent docilement :leur haine se contint sous les apparences de lafroideur ; et, comme ils n’agissent guère d’eux-mêmes , pendant qu’ils attendaient un signal,ils furent contraints de soulager nos misères.Kœnigsberg ne put bientôt plus les contenir.L’hiver, qui nous y avait poursuivis, nous yabandonna tout-à-coup; en une nuit le ther-momètre descendit de vingt degrés.
Cette transition subite nous fut. fatale. Unefoule de soldats et de généraux , que la ten-sion de l’atmosphère avait soutenus jusque-làpar une irritation continuelle , s’affaissèrentet tombèrent en décomposition. Lariboissière,général en chef de l’artillerie, succomba ;Éblé , l’honneur de l’armée , le suivit. Chaquejour, à chaque heure, on était consterné parde nouvelles pertes.
Au milieu de ce deuil général, tout-à-coup une émeute et une lettre de Macdonald