66 Histoire
seuls , d’aprês les préjugés de Londres et l’intérêt britan-nique , de toutes les discussions qui s’élevoient dans l’Amé-rique septentrionale , sur le fait de la navigation. Les grandspropriétaires ne pouvoient endurer le gouvernement degens qui ne possédoient aucun terrain dans l'Amérique,qui ne connoissoient ni la culture, ni les moyens de défense,ni les lois convenables à leurs propriétés. Tous s’élevoientcontre la nécessité qui leur étoit imposée d’aller à i5oo lieuesdemander la sûreté , la tranquillité, la justice, et d’attendreleur malheur ou leur prospérité de gens qui n’avoient jamaisplanté ni combattu pour elle. La nation entière enfin serécrioit contre l’ingratitude de la métropole qui étoit uni-quement redevable de ses glorieux succès en Amériquecontre la France , au zèle, à la force et aux sacrifices deses colonies ; en efíet, elles avoient entretenu vingt-cinqmille hommes en campagne pendant toute la guerre ; ellesavoient huit cens corsaires à la mer, et les efforts qu’ellesfirent pour ajouter aux triomphes de l’Angleterre , avoientoccasionné une dette publique , pour laquelle elles avoientété obligées de s’imposer elles - mêmes une taxe assezonéreuse.
Tel étoit l’état respectif des colonies angloises et de leurmétropole. La conquête du Canada rompant la barrièrequi resserroit les colonies, avoit préparé de loin leur indé-pendance. Tant que les Anglo-Américains avoient eu pourvoisins des peuples inquiets et capables de les occuper sanscesse, ils n’avoient point songé à se séparer de la mère-patrie, et le besoin continuel qu’ils avoient eu de ses se-cours , auroient fait oublier ses torts ; mais les proportionsque l’Angleterre travailloit à établir depuis cent ans pourretenir l’Amérique dans sa dépendance, se trouvoient dé-rangées par l’orgueil et l’ambition de la cour de Londres.