INTRODUCTION. XXV
de ces occupations fortunées, pour adoucir l’âpreté des passions politi-ques, et ramener la paix intérieure par le bien-être général. Aprèsla révolution de 1688, après la rébellion de 1745, que de plaies sai-gnaient dans tous les cœurs, et que de souvenirs cruels ulcéraienttoutes les âmes! Alors survint une utile diversion. Les citoyens detoutes les classes, conviés par un gouvernement habile, à tournerl’ardeur concentrée qui dévorait les esprits, vers des objets d’utilitécommune, firent trêve à leurs funestes discordes.- Des Whigs et desTorys s’entendirent, d’abord, sur l’amélioration du cours de quelquefleuve, sur la direction de quelque route, sur la création de quel-que port. Chaque parti s’aperçut, avec étonnement, qu’il n’était pasvrai que lui seul eût voulu le bien général, et la gloire de l’état, et lafortune publique. Chacun garda, sans doute, l’attitude sociale où leplaçaient son caractère et ses idées ; les uns continuèrent de servir lapatrie à l’ombre majestueuse de la prérogative, et les autres auxclartés de leurs vertus populaires. Mais, ces rivaux citoyens, plaçantavant tout l’amour du pays, uni dans leur cœur au dévouement pour leprince, un tel sentiment devint dans les âmes la source d’une heu-reuse sympathie ; la tolérance entra dans les croyances politiques,comme elle était entrée dans les croyances religieuses; et l’Anglais , en.peu d’années, affranchi de l’état humiliant d’un peuple vaincu, non-seulement hors de chez lui * par des héros français , mais sur son pro-pre territoire, et par des montagnards sans expérience, s’élève à l’étatglorieux ** d’un peuple qui dicte au continent, les lois de la guerreet de la paix. Tant est grande au dehors, da prépondérance d’unempire qui fait fleurir l’industrie et le commerce, au foyer vivifiantdu patriotisme et de la concorde !
Si nous invitons nos concitoyens à suivre la route où, depuis undemi-siècle, l’Angleterre a marché pour son bonheur et sa fortune >ne croyez point que nous veuillions par-là faire descendre la France au rôle subalterne d’imitatrice. Sur le grand intérêt qui nous occupe ,comme sur tout autre intérêt, public ou particulier, la France , loinde les recevoir a donné les exemples de ce qu’il est beau d’entrepren-
' * A Fontenoy.
** Si les Anglais sont aujourd’hui déchus de cette gloire, cela tient à des causesétrangères au commerce, et que je tais pour cette raison.
I.
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