VOIES PUBLIQUES. 121
souvenirs de la patrie, et les doux souvenirs de nos jeunesannées. Aspects sublimes de l’Angleterre et de la Calédonie , jen’éprouvais donc pas à vous contempler, ce qui doit donner survos patriotiques habitants, le plus de puissance à votre charme !
Le poème des Jardins du célèbre Delille, en nous offrantune idée des embellissements de la campagne, en Albion , n’aguère enfanté chez nous, que des imitations maussades et mal-adroites. Nos décorateurs ont pensé que le propre des jardinsanglais était de renfermer des routes bien tortueuses, et des ter-rains bien fatigués. Ils ont voulu produire de grands effets surles plus petits théâtres ,, ils ont produit de ridicules caricatures.
Jamais , dans la Grande-Bretagne, une avenue tirée au cor-deau ne met en communication la voie publique avec ces joliset modestes manoirs qu’on nomme des cottages , et qui tien-nent un rang intermédiaire entre la chaumière et le château.Les avenues alignées ne servent pas meme pour annoncer cesmaisons ou plutôt ces palais de plaisance, dans lesquels tout leluxe de l’architecture et de la sculpture, semble rivaliser avecle luxe de la nature elle-même. Au lieu de s’étudier à nous étalerdu plus loin possible, les beautés de l’art, l’Anglais s’étudieà les dissimuler. Il regarde en pitié ces allées longues et tristesqui nous montrent, d’un quart de lieue >, la façade au devantde laquelle on déploie un fastueux appareil de plantationscompassées} tandis qu’à droite et à gauche de ces rangées degrands arbres bien égaux, l’œil attristé n’aperçoit que deschamps dépouillés d’ombrage, et le spectacle désolant de laplus hideuse nudité. Au contraire, un de ces chemins que lés-Anglais appellent promenades , conduit, au milieu des bos-quets et des tapis de gazon , vers l’habitation britannique. Enapprochant, vous découvrez par intervalles les diverses partiesde la champêtre fabrique 5 mais vous n’apercevez tout l’édifice
qu’en arrivant au point de vue d’où son ensemble peut être1. 16