i 58 FORCE COMMERCIALE.
d’autant plus qu’en certains cas , si le vent poussait vers la terre , les bâtimentsne trouveraient pas assez d’espace pour filer du câble et prendre plus de tenue.
Lorsqu’on discutait les avantages et les inconvénients du canal, une des dif-ficultés principales était de savoir jusqu’à quel point une grande masse d’eau ,comme celle du lac Ness, resserrée d’ailleurs entre de hautes montagnes, pou-vait être navigable avec sécurité. Les antagonistes du canal objectaient que lesvents, quelle que soit leur direction générale dans la contrée environnante,lorsqu’ils parcourent la longue et profonde vallée des lacs, changent leurdirection pour suivre l’axe de cette vallée ; qu’ainsi les navires qui vont dansun sens, auront toujours le vent contraire, tandis que les navires qui vontdans l’autre sens, seront poussés vent-arrière. On regardait aussi comme très-dangereux , pour un grand bâtiment, de louvoyer ou seulement de navigueravec un vent transversal, dans une espèce de chenal dont le fond , aux abordsde la côte , est parsemé de troncs d’arbres et de rochers $ dans un chenal quiprésente , à peu de distance de ces dangers , une extrême profondeur 5 tandisque les vallons collatéraux qui débouchent dans la vallée principale , amènentdes raffales subites qui jetteront violemment les navires sur la côte opposée.Ces objections avaient sans doute une grande force, mais elles étaientexagérées. Il n’était point exact d’affirmer que, d’un bout à l’autre du lacNess , on ne pût pas trouver un mouillage sûr. Nous nous contenterons deciter celui d’Urquhart, au tiers de la route, du côté de l’est •, il en est d’autresplacés vers l’ouest.
Pour apprécier cette assertion , que les vents soufflent toujours , sur le lac ,dans la direction de sa longueur, on a fait, depuis r8o4 jusqu’à ce jour, desobservations météorologiques aux deux extrémités et au centre du canalCalédonien . Elles ont prouvé que la direction des vents est aussi variable dansla vallée qu’il parcourt , qu’en toute autre partie de la Haute-Écosse.
Si, dans certains temps de l’année, les navires ne pouvaient ou n’osaientpas aller à la voile contre le vent, il leur serait facile de se faire remorquer pardes bateaux à vapeur. Pour concevoir tout l’avantage de ce moyen, suppo-sons qu’on ait un navire de même déplacement d’eau que le bateau à vapeur,et qui , pour la même vitesse , éprouve la même résistance de la part du fluide.Dans cette hypothèse , la vitesse du bateau à vapeur étant, ainsi que la forcemotrice, représentée par l’unité, cette force appliquée aux deux bâtiments neproduira pas simplement une vitesse égale à un demi, ou cinq dixièmes, maisune vitesse au moins égale à sept dixièmes. Ainsi , par l’effet de la remorque,on n’aura pas même perdu trois dixièmes de la vitesse du bateau à vapeur *.
* Ceci e'tait écrit en 1817. Aujourd’hui l’expcrience a justifié mon opinion ; ht remorque desnavires s’effectue avec avantage sur les lacs traversés par le canal.