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Histoire de la révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814 / par F.-A. Mignet ; augmentée de l'histoire de la restauration jusqu'a l'avénement de Louis-Philippe Ier par Emile de Bonnechose
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RÉVOLUTION FRANÇAISE.

de Bender de défendre lélecteur sil était attaqué, et elle ra-tifia les conclusions de la diète de Ratisbonne . Celle-ci exigea laréintégration des princes possessionnés ; elle ne voulut point quonles indemnisât en argent de la perte de leurs droits, et elle nelaissa à la France que le rétablissement de la féodalité en Alsace ou la guerre. Ces deux démarches du cabinet de Vienne étaientdune nature peu pacifique. Ses troupes marchaient sur nos fron-tières, et prouvaient encore mieux quil ne fallait pas se fier à soninaction. Cinquante mille hommes se trouvaient dans les Pays-Bas ;six mille étaient postés dans le Brisgaw; il en faisait venir trentemille de Bohème. Cette formidable armée dobservation pouvait,dun moment à lautre, devenir une armée dattaque.

Lassemblée sentait quil était urgent de faire décider lempereur.Elle considérait les électeurs comme ses prête-noms, et les émigréscomme ses instruments; car le prince de Kaunitz reconnaissaitpour légitime la ligue des souverains réunis pour la sûreté et lhon-neur des couronnes. Les Girondins voulurent donc prévenir ce dan-gereux adversaire, pour ne pas lui donner le temps de se préparer.Ils exigèrent quil sexpliquât avant le 10 février, dune manièreclaire et précise, sur ses véritables dispositions à légard de laFrance . Ils poursuivirent en même temps des ministres sur lesquelson ne pouvait pas compter en cas de guerre. Lincapacité de Deles-sart et les intrigues de Molleville prêtaient surtout aux attaques ;Narbonne était le seul quils épargnassent. Ils furent secondés parles divisions du conseil, qui était moitié aristocrate par Bertrand de Molleville , Delessart , etc., et moitié constitutionnel par Nar­ bonne et le ministre de lintérieur Cahier de Gerville. Des hommesaussi opposés dintentions et de moyens ne pouvaient guère sen-tendre ; Bertrand de Molleville eut de vives contestations avec Nar­ bonne , qui voulait faire adopter à ses collègues une conduitefranche, décidée, et donner lassemblée pour point dappui autrône. Narbonne succomba dans cette lutte, et son renvoi entraînala désorganisation de ce ministère. Les Girondins accusèrent Ber­ trand de Molleville et Delessart : le premier eut ladresse de sejustifier ; mais le second fut traduit devant la haute cour dOrléans .

Le roi, intimidé par le déchaînement de lassemblée contre lesmembres de son conseil, et surtout par le décret daccusationcontre Delessart , neut pas dautre ressource que de choisir ses