202 RÉVOLUTION FRANÇAISE.
sait ce qu’on veut, et qu’on le veut vite et bien, on l’emporte tou-jours ; c’est ce qui manquait à Dumouriez , ce qui arrêta son audace,et ébranla ses partisans. Dès que la convention fut instruite de sesprojets, elle le manda à sa barre; il refusa d’obéir, sans leverencore l’étendard de la révolte. La convention envoya aussitôt lesquatre représentants Camus, Quinette , Lamarque, Bancal, et leministre de la guerre Beurnonville, pour le traduire devant elle,ou l’arrêter au milieu de son armée. Dumouriez reçut les commis-saires à la tète de son état-major; ils lui présentèrent le décret dela convention; il le lut et le leur rendit, en disant que l’état deson armée ne lui permettait point de la quitter. Il offrit sa démis-sion , et promit, dans un temps calmé, de demander lui-mêmedes juges, et de rendre compte de ses desseins et de sa conduite.Les commissaires l’engagèrent à se soumettre, en luicitantl’exempledes anciens généraux romains. « Nous nous méprenons toujours» sur nos citations, répondit-il, et nous défigurons l’histoire romaine,
» en donnant pour excuse à nos crimes l’exemple de leurs vertus.
» Les Romains n’ont pas tué Tarquin ; les Romains avaient une» république réglée et de bonnes lois; ils n’avaient ni club des» Jacobins ni tribunal révolutionnaire. Nous sommes dansun temps» d’anarchie ; des tigres veulent ma tête et je ne veux pas la leur» donner. — Citoyen général, dit alors Camus, voulez-vous obéir» au décret de la convention nationale, et vous rendre à Paris ? —» Pas dans ce moment. — Eh bien ! je vous déclare que je vous» suspends de vos fonctions; vous n’êtes plus général et j’ordonne» qu’on s’empare de vous. — Ceci est trop fort ! » dit Dumouriez ,et il fit arrêter par des hussards allemands les commissaires qu’illivra aux Autrichiens comme otages. Après cet acte de révolte, iln’y avait plus à hésiter. Dumouriez fit une nouvelle tentative surCondé, mais elle ne réussit pas mieux que la première; il voulutentraîner l’armée dans sa défection; mais elle l’abandonna. Lessoldats devaient préférer longtemps encore la république à leurgénéral : l’attachement à la révolution était dans toute sa ferveur,et la puissance civile dans toute sa force. Dumouriez éprouva, ense déclarant contre la convention, le sort qu’avait éprouvé Lafayetteen se déclarant contre l’assemblée législative, et Bouillé en se décla-rant contre l’assemblée constituante. A cette époque, un généraleût-il réuni la fermeté de Bouillé au patriotisme et à la popularité