Buch 
Histoire de la révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814 / par F.-A. Mignet ; augmentée de l'histoire de la restauration jusqu'a l'avénement de Louis-Philippe Ier par Emile de Bonnechose
Entstehung
JPEG-Download
 

202 RÉVOLUTION FRANÇAISE.

sait ce quon veut, et quon le veut vite et bien, on lemporte tou-jours ; cest ce qui manquait à Dumouriez , ce qui arrêta son audace,et ébranla ses partisans. Dès que la convention fut instruite de sesprojets, elle le manda à sa barre; il refusa dobéir, sans leverencore létendard de la révolte. La convention envoya aussitôt lesquatre représentants Camus, Quinette , Lamarque, Bancal, et leministre de la guerre Beurnonville, pour le traduire devant elle,ou larrêter au milieu de son armée. Dumouriez reçut les commis-saires à la tète de son état-major; ils lui présentèrent le décret dela convention; il le lut et le leur rendit, en disant que létat deson armée ne lui permettait point de la quitter. Il offrit sa démis-sion , et promit, dans un temps calmé, de demander lui-mêmedes juges, et de rendre compte de ses desseins et de sa conduite.Les commissaires lengagèrent à se soumettre, en luicitantlexempledes anciens généraux romains. « Nous nous méprenons toujours» sur nos citations, répondit-il, et nous défigurons lhistoire romaine,

» en donnant pour excuse à nos crimes lexemple de leurs vertus.

» Les Romains nont pas tué Tarquin ; les Romains avaient une» république réglée et de bonnes lois; ils navaient ni club des» Jacobins ni tribunal révolutionnaire. Nous sommes dansun temps» danarchie ; des tigres veulent ma tête et je ne veux pas la leur» donner. Citoyen général, dit alors Camus, voulez-vous obéir» au décret de la convention nationale, et vous rendre à Paris ?» Pas dans ce moment. Eh bien ! je vous déclare que je vous» suspends de vos fonctions; vous nêtes plus général et jordonne» quon sempare de vous. Ceci est trop fort ! » dit Dumouriez ,et il fit arrêter par des hussards allemands les commissaires quillivra aux Autrichiens comme otages. Après cet acte de révolte, ilny avait plus à hésiter. Dumouriez fit une nouvelle tentative surCondé, mais elle ne réussit pas mieux que la première; il voulutentraîner larmée dans sa défection; mais elle labandonna. Lessoldats devaient préférer longtemps encore la république à leurgénéral : lattachement à la révolution était dans toute sa ferveur,et la puissance civile dans toute sa force. Dumouriez éprouva, ense déclarant contre la convention, le sort quavait éprouvé Lafayetteen se déclarant contre lassemblée législative, et Bouillé en se décla-rant contre lassemblée constituante. A cette époque, un généraleût-il réuni la fermeté de Bouillé au patriotisme et à la popularité