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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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et bientôt on juge lu brèche praticable. Bonaparte envoie un Turc porter unesommation au commandant de Jaffa , qui, pour toute réponse, fait couper latête au parlementaire et ordonne une sortie. Mais cette sortie ne réussit pointaux ennemis, et le soir même notre feu a fait crouler une de leurs tours. Lepoint de l’assaut est marqué ; un spectacle d’un intérêt bien touchant frappetout à coup le soldat : tous les chrétiens de la ville tenant dans leurs mains uncrucifix, et criant Christian, Christian, franchissent les remparts, et se précipi-tent dans nos rangs, où ils sont traités et accueillis comme des frères. Aprèscet événement, l’attaque contre les ennemis reprit tout son acharnement ; leurrésistance opiniâtre ne sauve ni eux ni Jaffa . La ville est emportée; le massacredevient général ; rien n’arrête la rage du vainqueur. La fureur donne la mort,et la mort donne la contagion. Pendant deux jours et deux nuits, le glaive ex-terminateur détruit tout ce qui résistait dans Jaffa . Ses dunes virent une partiede ce sacrifice à un dieu barbare, à ce dieu inconnu que les conquérants appel-lent la nécessité. Un millier de malheureux, la plupart compris dans la capitu-lation d’El-Arich, furent passés par les armes. L’histoire transmet sans expli-cation la mémoire de ce massacre à la postérité. Mais elle offrira pour documentla proclamation de Bonaparte aux habitants du Caire, à son retour de Syrie .Là est le témoignage sans justification de la destruction des prisonniers deJaffa. Les Égyptiens et les Mamelucks qui se trouvaient parmi eux furent ren-voyés en Égypte , sous l’escorte d’un détachement de dromadaires.

Avant de quitter Jaffa, Bonaparte y établit un divan, une garnison et ungrand hôpital. Des symptômes de peste s’étaient manifestés. Plusieurs hommesde la 32e demi-brigade en avaient été atteints, et un rapport des généraux Bonet Rampon alarma sérieusement le général en chef sur la propagation de cefléau, Bonaparte parcourut l’hôpital de Jaffa , accompagné des généraux BerthieretBessières, de l’ordonnateur en chef Daure, et du médecin en chef Desgenettes.Le général parla aux malades, les encouragea, toucha leurs plaies en leur disant :« Vous voyez bien que cela n’est rien.» Lorsqu’il sortit, on lui reprocha vive-ment son imprudence. Il répondit froidement : « C’est mon devoir ; je suis le« général en chef. » Cette visite et le courage de Desgenettes, qui, s’inoculantla contagion en présence de nos soldats, se guérissait par les remèdes qu’il leurprescrivait, rassurèrent le moral de l’armée, singulièrement ébranlé par l’in-vasion d’un aussi horrible fléau.

Bonaparte s’avance ensuite sur Saint-Jean-d’Acre. Dans sa marche rapide, ilenlève les positions des nombreux ennemis qui l’attaquent, sans cependanttriompher de tous les obstacles. On eut une affaire assez meurtrière avec lesNaplousains. Nos troupes furent repoussées, et le chef de brigade Barthélemyperdit la vie. C’était la seconde fois que les Français échouaient contre leshabitants de Naplouse ; pendant le siège de Jaffa , le général Damas avait tentéune malheureuse reconnaissance vers leurs montagnes, où il eut le bras cassé, et