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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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DK NAPOLEON.

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public, n’allait au théâtre qu’en loge grillée, ne fréquentait ostensiblement queles savants, et ne consentit à dîner chez les directeurs qu'en famille. 11 ne putcependant refuser le banquet que lui offrirent les deux Conseils dans le templede la Victoire (l’église Saint-Sulpice) ; mais il ne lit que paraître à cette espècede fête, dont il sortit avec Moreau.

Paris regardait avec une sorte de respect cette solitude de Bonaparte aprèsde glorieux travaux ; on faisait plus encore, on attachait au retour de celte ha-bitude, qui avait marqué les époques importantes de sa carrière, l’espérance dequelque haute combinaison qui vînt au secours de la nation. Le public ne setrompe guère sur les grands événements qui doivent éclore, et il se trompaitd’autant moins cette fois, que lui-méme conspirait ouvertement contre le Di-rectoire. Bonaparte n’eût pas apporté d’Égypte la volonté de changer le gouver-nement de la France et d’en prendre les rênes, qu’il y aurait été forcé parl'opinion. De toutes parts on le pressait de se mettre, non à la tête d’un mou-vement, mais d’une révolution.

Voici quel était l’état des partis à cette époque. Jourdan, Augereau et Ber-nadotte, figuraient au premier rang de la faction démocratique, connue sous lenom du Manège. Cette faction, qui se ralliait aux directeurs Moulins et Gohier,lequel présidait alors, se composait des révolutionnaires républicains. Sieyes dirigeait les politiques et les modérés qui siégeaient dans le Conseil des Anciens.Il proposa à Bonaparte d’exécuter un coup d’état médité dès longtemps, et luisoumit une constitution qu’il avait silencieusement élaborée. Boger-Ducos,l’ombre de Sieyes , se trouvait compris de droit dans toutes les opinions deson collègue. Quant à Barras , placé à la tête des spéculateurs, des hommesde plaisir, c’était un ambitieux de sérail; seul de son espèce au Directoire ,il flottait entre les deux partis, et aurait voulu s’en débarrasser. Bonaparte l’appelait le chef des pourris. Un quatrième parti se formait des conseillers deBonaparte , qui ne se souciaient ni de la démagogie de Gohier, ni de la méta-physique de Sieyes , ni de la corruption de Barras. Au nombre de ces hommesétait Fouché, alors ministre de la police du Directoire . Il avait rompu avecles républicains, dont il était sorti, et à l’arrivée de Bonaparte , il se hâtade commencer vis-à-vis du Directoire le rôle qu’il n’a cessé de jouer depuissous les divers gouvernements de la France . Ses services parurent d’autant plusprécieux, que cet homme pouvait être plus nuisible aux projets du général. Bona-parte accueillit encore les avis d’un autre ministre, que sa disgrâce récente, dueà l’influence du Manège , poussait à prendre une couleur plus franche, et àobtenir plus de crédit que Fouché ; cet ex-ministre était le citoyen Talley-rand-Périgord : il ne devait plus aucune fidélité au Directoire, et il avait, parses antécédents et par la nature de son esprit, plus de raisons sans doute que lerévolutionnaire Fouché , d’être dégoûté de la république et de ses gouvernants.

Résolu à dissoudre le Directoire, Bonaparte voulait que cette opération ne