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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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que la colonne on eût été arrêtée ; près de succomber sous le poids de leursarmes, ils s’excitent les uns les autres par des chants guerriers. Survient-il unpéril presque insurmontable, alors ils font battre la charge, et, comme unennemi, le péril disparait devant eux. L'infanterie, la cavalerie, les bagages,les canons, ont atteint les sommités des Alpes , où nos différents corps reçoi-vent tour à tour, des religieux de l’hospice, tous les secours de la plus géné-reuse charité; mais, après une halte de quelques heures, chaque division seprécipite avec une nouvelle ardeur, quoique avec bien plus de dangers, sur lespentes rapides du Piémont. Bonaparte lui-mème opère la descente à la ra-masse, sur un glacier presque perpendiculaire.

Cependant un obstacle imprévu faillit arrêter l’armée au début de sa marchevictorieuse. Une division ennemie chargée de la défense de la vallée d’Aoste ,avait été culbutée à Chàtillon par notre avant-garde, et repoussée après unevive résistance sur le fort de Bard , château inexpugnable qui fermait l’uni-que chemin ouvert aux Français . Il était de la plus grande importance desurmonter cet obstacle avant que Mêlas eût connaissance de la marche deBonaparte , et afin de s’emparer des débouchés des vallées ; mais le fort nepouvait être enlevé, et seul il arrêtait toute l’armée. Berthier et Marescoleurent l’heureuse idée de tailler dans les rochers d’Albaredo un escalier qu’àforce de travail on rendit praticable pour les hommes et pour les chevaux. Lesdivisions françaises défilèrent successivement par ce sentier périlleux , et avecplus de difficulté qu’on n’en avait rencontré au passage du Saint-Bernard. Notreartillerie demeurait en arrière, sans qu’aucun moyen humain pût lui fairepasser cette barrière fatale. Bonaparte arrive, ordonne l’escalade et l’assaut dufort. L’audace, la valeur, n’obtiennent point de succès ; il faut se contenter depoursuivre le siège avec vigueur. Alors une de ces inspirations du génie de laguerre, si fréquentes dans les soldats et les généraux français , mit un terme àl’impatience de Bonaparte , incapable de consentir à se voir retardé par une con-quête inutile ; on jonche la route de matelas et de fumier ; les roues sont garniesde paille ; les pièces, enveloppées de feuillages et traînées à la prolonge, chacunepar cinquante braves, traversent la ville avec leurs caissons, à demi-portée defusil, sous le feu de l’ennemi, qui ne cesse de faire des décharges meurtrières,sans ébranler toutefois nos intrépides soldats. Une batterie, que l’on parvientavec des peines infinies à monter sur l’Albaredo, reste avec un corps detroupes pour réduire le fort de Bard, qui tomba au bout de dix jours.

Les Autrichiens avaient toujours regardé la formation de l’armée de réserveà Dijon comme une fable inventée pour leur donner le change , et les pousserà abandonner le blocus de Gênes. Bonaparte s’était appliqué à entretenir cetteerreur par une foule de précautions et de ruses; elles avaient réussi au pointque ni Paris, ni Dijon, ni la cour de Vienne, ni ses généraux d’Italie , necroyaient à cette armée, qui, après avoir marché à son but par diverses