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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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reine et la nation. Il eut l'air de le mettre à la tète de cette expédition, composéed une armée espagnole de quarante mille hommes et d'une armée française rassemblée à Bordeaux, sous le nom d’armée des Pyrénées , aux ordres dugénéral Gouvion-Saint-Cyr. Le titre de généralissime et celui de conquérantséduisirent Godov : le traité fut signé à Madrid . Toutefois le premier consul nevoulut point courir les chances d’une confiance entière dans les talents mili-taires du généralissime; il traça lui-même le plan de la campagne : mais pourmieux en assurer l'exécution , il chargea le général Gouvion-Saint-Cyr d’allerprendre à Madrid la direction de cette guerre, et donna à son beau-frère, legénéral Leclerc, l'armée d'invasion des Pyrénées . Cependant, malgré ces pré-cautions, l’ardeur belliqueuse du prince de la Paix lui échappa. Un corps doquinze mille Portugais s'étant porté en avant, l'armée espagnole marcha surl’ennemi. En peu de jours cette armée, n’éprouvant aucune résistance, achevapaisiblement l’occupation de deux ou trois provinces. Dans cet état de choses,la cour de Lisbonne crut pouvoir conjurer l’orage dont les Français la mena-çaient, par l’abandon à l’Espagne de la forteresse d’Olivenza et de son terri-toire, et en lui payant une somme de trente millions. La fermeture des ports etde toutes les possessions portugaises aux navires anglais fut également consentie.

Cependant le continent, soit lassé de ses sacrifices, soit soumis à l’ascendantdu gouvernement consulaire, ne voulait plus prendre part à la lutte entre l’An-gleterre et Bonaparte . Déjà même celui-ci ne se souciait plus de populariser larévolution dans les pays étrangers. Devenu de fait le maîlre de la France , aprèsen avoir été le libérateur, il marchait vers la domination absolue à la tête de lamasse de la nation, et il sentit que les temps approchaient où il devait lui ré-véler hautement les secrets de sa politique. Les empiètements du pouvoir échap-paient aux Français , éblouis par tant d’éclat ; ils étaient peut-être moins éclai-rés déjà sur les véritables intérêts de la liberté que les Français de 1789, quil’avaient si unanimement et si généreusement saluée à son berceau. Aussi Bo-naparte , dont la prudence égalait la force, jugea-t-il nécessaire de s'attacherencore la faveur publique par un bienfait qui favorisât toutes les classes, c’est-à-dire par la paix générale. Plusieurs symptômes annonçaient que la guerre cou-vrait la possibilité d'un arrangement. Malgré le traité de Lunéville , l’ambassa-deur de F'rance, Otto, avait été retenu à Londres sous différents prétextes ; leministère de Pitt, qui le premier avait combattu la révolution française, venaitde disparaître de la scène politique. Sa retraite était une grande révolutiondans les conseils de F Angleterre ; car Pitt, tant par ses antécédents que parl’opiniâtreté de sa haine contre la France , et particulièrement contre la personnede Bonaparte , dont le génie triomphait du sien, formait à lui seul un obstacleinsurmontable à toute conciliation. Cependant, malgré ce nouvel état de choses,les hostilités maritimes, à défaut des hostilités continentales, se poursuivaientsur les deux rivages de la Manche avec la plus extrême vigueur.