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leur! » lui (lit Napoléon , en lui montrant des papiers qui couvraient le tapis :
« Je m’en vais.... plus d’illusion. Je suis résigné. » Le 19 il est mieux. Un s’enréjouit. « Vous ne vous trompez pas, dit-il, je suis mieux; mais je ne sens pasmoins ma fin s'approcher. Quand je serai mort, chacun de vous aura le bonheur derevoir l’Europe, ses parents, ses amis: moi, je reverrai mes braves dans les Champs-Elysées . Oui, ajouta-t-il d’une voix forte et solennelle : Kléber, Desaix, Bes-sières, Duroc, Ney, Murat, Masséna, Berthier, tous viendront à ma rencontre...En me voyant, ils deviendront tous fous d’enthousiasme et de gloire. Nous cause-rons de nos guerres avec les Scipion, les Annibal, les César, les Frédéric ; à moins ,ajouta-t-il en riant, que là-bas on ait peur de voir tant de guerriers ensemble. » Dansle même moment entra le docteur Arnold, chirurgien d un régiment anglais .
« C’en est fait, lui dit Napoléon , le coup est porté. Je touche à ma fin : je vais« rendre mon corps à la terre. Approchez, Bertrand, traduisez à monsieur ceque vous allez entendre... N’omettez pas un mot :
« J'étais venu m'asseoir au foyer du peuple britannique. Je demandais une« loyale hospitalité. Contre tout ce qu’il y a de droits sur la terre, on me ré-« pondit par des fers. J’eusse reçu un autre accueil d’Alexandre, de l’empereur«. François, du roi de Prusse. Mais il appartenait à l’Angleterre de surprendre.
« d’entraîner les rois, et de donner au monde le spectacle inouï de quatre« grandes puissances s’acharnant sur un seul homme. C’est votre ministère qui« a choisi cet affreux rocher, où se consomme, en moins de trois ans, la vie« des Européens , pour y achever la mienne par un assassinat. Et commenta m’avez-vous vu traité depuis que je suis sur cet écueil? 11 n’y a pas une indi-« gnité dont vous ne vous soyez fait une joie de m’abreuver. Les plus simples« communications de famille, celles même qu’on n’a jamais interdites à pér-it sonne, vous me les avez refusées... Ma femme, mon fils, n’ont plus vécu« pour moi : vous m’avez tenu six ans dans les tortures du secret. Dans cette« île inhospitalière , vous m’avez donné pour demeure l’endroit le moins fait« pour être habité, celui où le climat meurtrier des tropiques se fait le plusi< sentir; il a fallu me renfermer entre quatre cloisons, moi qui parcourais à« cheval toute l’Europe ! Vous m'avez assassiné longuement, avec prémédita-it tion , et l’infâme Hudson a été l’exécuteur des hautes œuvres de vos minis-« très... Vous finirez comme la superbe république deVenise ; et moi, mourant« sur cet affreux rocher, privé des miens et manquant de tout, je lègue l’op-« probre de ma mort à la maison régnante d'Angleterre. » Tel fut le manifestetestamentaire de Napoléon .
Napoléon était trop pénétré du sentiment de sa propre grandeur pour nepas croire à l’immortalité de l’âme. Deux jours après, le 21, il voulut rendrel'hommage du chrétien à ce dogme consolateur; la veille, à l’insu des générauxBertrand et Montholon, l’autel se trouva dressé dans la pièce voisine de laçhambre mortuaire; il ayait tout prescrit lui-même au chapelain qui reçut sa