XII
PRÉFACE.
croisées, enchevêtrées, n’exprimant que l’idée abstraite.Calvin etLuthern’auraient rien àretrancher dansun templemusulman. — Quant à la morale, elle prescrit les mêmespréceptes d’humanité générale que les autres religions.Maintenant, sans que la foi soit affaiblie, l’habitude de voirdes Français, des Anglais, des Allemands , a fait tomber ceshabitudes farouches d’avanie et d’insulte ; un étranger d’unmaintien tranquille et décent peut parcourir Constanti-nople en tous les sens, il y sera certes plus en sûreté etplus à l’abri des railleries grossières qu’un Turc en costumese promenant dans un faubourg de Paris . — Nous-mêmenous sommes entré, à toute heure de nuit et de jour, dansdes cafés borgnes fréquentés par des Hammals, des mate-lots et de pauvres diables tout en haillons, qui se levaientpour nous faire place avec une politesse que nous n’aurionspas rencontrée aux cabarets de la Halle et de la Cité. LesTurcs sont pleins de bonhomie et de simplicité : leur loyautéest connue, la parole d’un Turc vaut toutes les signatureset tous les billets du monde. Les cruautés, nécessaires peut-être, de quelques sultans ou de quelques vizirs, dans descirconstances décisives, ont donné à la nation un aspectféroce qui n’est pas justifié par les mœurs habituelles.Abdul-Medjid est d’une douceur charmante ; quand il aceint le glaive d’Othman à la mosquée d’Eyoub, il a refuséd’égorger le mouton traditionnel dans la cérémonie d’in-vestiture. Ce n’est pas, du reste, une sensiblerie de paradeet qui se borne aux animaux ; si vous rasez les rives du Bos-phore en caïque, vous entendrez parfois sortir des fenêtresd’un délicieux palais d’été une phrase des Puritains ou de