28
LA TURQUIE PITTORESQUE.
l’épaisseur de la muraille de vagues psalmodies. C’est le prêtre,toujours vivant, comme Barberousse du fond de sa caverne deKyefhausen, qui marmotte en dormant les liturgies interrompues.Quand Sainte-Sophie sera rendue au culte chrétien, la murailles'ouvrira d’elle-même et le prêtre, sortant de sa retraite, viendraachever à l’autel la messe commencée il y a quatre cents ans. »Lorsque Sultan Mohammed arriva au palais impérial, la mornesolitude qui régnait dans cette demeure naguère si brillante, lefrappa vivement; le conquérant éprouva un sentiment profond detristesse et de mélancolie, et il se prit à réciter ces vers d’un poètepersan : « L’araignée a filé sa toile dans le palais des Césars ; lachouette a entonné son chant nocturne sous les voûtes d’Efrasiab. »Malgré cette réflexion philosophique, le sultan déshonora savictoire par de grands actes de cruauté ; mais quand le barbarese fut ainsi livré à l’ivresse du triomphe, le politique sage et pro-fond se montra ensuite. Pour s’assurer sa conquête, il sentit lanécessité de se concilier les chrétiens ; leur culte et leurs usagesfurent respectés, et il leur donna un nouveau patriarche qu’ilcombla de marques d’estime et de respect.