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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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LA TURQUIE

cause cle ses talents militaires et de sa valeur, mais pour son géniecivilisateur, son humanité, sa tolérance surtout, que l’anecdotesuivante permet d’apprécier.

Une dame turque s’était éprise d’amour pour un jeune Grec,aussi beau que l’Apollon du Belvédère, et qui exerçait à Constan-tinople la modeste profession d’épicier.

Ce n’était pas sans peine que la dame était parvenue à se faireécouter du jeune homme, non qu’elle fût désagréable en aucunefaçon, mais parce que les conséquences terribles d’un commerceamoureux entre un ghiaour et une croyante refroidissaient singu-lièrement le bel épicier. Mais ce que femme veut, Dieu le veut !Ce dicton est de tous les pays, la belle le fît bien voir. Ellemenaça le Grec insensible de le dénoncer au cadi, comme ayanttenté de lui faire violence, s’il refusait d’être heureux. Le dangerétait égal, n’importe pour quel parti il se décidât; l’épicier fitce que quatre-vingt-dix-neuf hommes sur cent eussent fait à saplace.

L’intrigue durait depuis quelque temps déjà, lorsqu’un jour deuxjanissaires entrent dans sa boutique et demandent des objets queles garçons ne trouvent point. Il faut aller chercher le patron quidans ce moment était aux pieds de la belle musulmane .

A la vue des soldats le pauvre diable est pris d’une émotion siviolente que ceux-ci s’en aperçoivent, et, curieux d’en connaîtrela cause, moitié par menaces, moitié par promesses, lui arrachentson secret,

Par malheur pour l’épicier, l’un de ces soldats était un fana-tique ; il court dénoncer le sacrilège au kadi et le chrétien est con-damné à mort. Mais Baïrakdar, qui eut connaissance de l’aven-ture, cassa le jugement et fit même grâce à sa complice.