PRÉFACE. iij
Ajoutez à cette source. Le défaut des Lettres, qui obli-geoit dans les premiers temps de confier à l’infidélitéde la mémoire, des faits qui ne paífoient à la posté-rité qu’avec des ornemens qu’on croyois nécessairespour les faire admirer. Des Orateurs - qui n’auroientpas cru louer les morts au gré des vivans,s’ils n’avoientmêlé du merveilleux &c du surnaturel dans leurs dis-cours. Des Voyageurs crédules,- qui y trompés les pre-miers par de faux rapports, les rendoient ensuite àleurs Compatriotes, comme des vérités dont ils au-roient été témoins oculaires. Les Peintres , dont lesimaginations ont souvent passé pour des réalités. UnePhilosophie grossière & uniquement fondée sur le rap-port des sens, laquelle pour rendre raison des Phéno-mènes qu’on ne comprenoit pas, anlmoitles Astres &les Planètes, les Fleuves &. les Fontaines. Des motséquivoques des Langues étrangères , qu’on prenoittoujours dans le sens qui ossroit du merveilleux. L’en-vie d’avoir des Dieux pour ancêtres, qui faisoit remon-;ter la plupart des Généalogies à Hercule, à ApollonÔt à Jupiter. Des Prêtres intéressés, qui, pour donnercours à des cérémonies lucratives , mêloient dansl’Histoire de leur origine toutes les Fables qu’ilscroyoient propres à les rendre plus respectables. Enfin,des Poètes, qui, après s’être un peu trop livrés au feude leur imagination, ont été cependant justifiés dansla fuite, par le foin qu’on a pris de les regarder commedes modèles, fans lesquels il n’étoit plus possible de
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