IV
PRÉFACE.
réussir. C’est dans leurs Ouvrages sur-.tout qu’on voîtla vérité sacrifiée à d’ingénieux mensonges. Les Ber-gers y deviennent des Satyres, ôt les Bergeres, desNymphes, ou des Naïades ; les Oranges, des Pommesd’or, & les Vaisseaux à voiles , des Chevaux ailés.
Mais de tous les Poètes ceux qui ont introduit leplus de Fables font les Poètes Dramatiques ôt lesPoètes Epiques. Ceux-là , pour rendre les Spectaclesplus intéressans, ont mêlé mille fictions aux événe-mens qui faisoient le-sujet de leurs Tragédies, ôt ontfait souvent intervenir les Dieux dans leurs dénoue-mens. Ceux-ci, pour soutenir l’Epopée, semblent nes’être nourris que de Fables ôt de fictions, pour parlerle langage de M. Despréaux :
Là , pour nous enchanter, tout est mís en usage ;
Tout prend un corps , une ame , un esprit, un visage rChaque Vertu devient une Divinité.
Minerve est la Prudence , & Vénus la Beauté.
Ce n'est plus la vapeur qui forme le Tonnerre,
C’est Jupiter armé pour effrayer la Terre.
Un orage terrible aux yeux des Matelots,
C’est Neptune en courroux qui gourmande les flots.’
Écho n’est plus un son qui dans Pair retentisse ,
C’est une Nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse , &c«j
Art. Poët. Chant III.
Des sources que je viens d’índiquer, ôt peut-êtreencore de plusieurs autres, sortirent une infinité deFables, qui, transmises d’abord par tradition, ou con-