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HISTOIRE DE L'ARMÉE
un sentiment bien vif, la vengeance. Les Espagnols , fiers des succès qu’ils ve-naient d’obtenir par la prise de quelques villes, s’étaient vantés d’obliger nossoldats à fuir sans combat partout où ils les rencontreraient. C’est plus qu’il nefallait pour irriter la susceptibilité des vainqueurs de Rocroi et de Nordlingen .
Les Espagnols ne faisaient pas paraître moins d’ardeur; Léopold comptaitsur une victoire éclatante. Dix-huit mille combattants, trente-huit pièces decanon, l’avantage du poste où il prétendait recevoir la bataille, semblaient lalui promettre. Le baron deBeck, général plein d’expérience et de valeur, par-tageait avec le prince les fatigues du commandement. Beck, simple laboureur,était devenu soldat, puis capitaine, puis officier général, et enfin maréchal gé-néral de camp, et gouverneur du duché de Luxembourg . Son seul mérite avaitélevé sa fortune, et son nom était devenu un des plus illustres de l’Europe . Dansla nuit du 18 au 19 août, Lens se rendit à l'archiduc, lorsqu’au matin parutCondé. Le général espagnol s’était placé dans la position la plus formidable ; sonaile droite, composée de tout ce qui restait à l’Espagne de vieilles bandes échap-pées au désastre de Rocroi , était appuyée à la ville de Lens, couverte sur sonfront de ravins et de, chemins creux. Le corps de bataille occupait plusieursbourgs et hameaux naturellement retranchés par des haies vives et des fossés;enfin, l’aile gauche était postée sur une éminence qu’on ne pouvait aborderqu’après avoir franchi quantité de petits défilés.
Condé eut recours û toutes les ressources de son génie pour arracher Léopoldde ce poste avantageux; escarmouches, canonnades furieuses, stratagèmes,tout fut employé sans succès A cette ardeur impétueuse, l’archiduc opposa leflegme et la circonspection. Le jour manqua au prince français ; il aurait voulucamper â la vue de l’ennemi, mais le terrain qu’il occupait était si stérile et siingrat, qu’on n’y trouvait ni eau ni fourrages. Cependant les chevaux n’avaientni bu ni mangé depuis seize heures; il se voyait obligé de rebrousser chemin,et de gagner le village de News sur la route de La Bassée, où il devait trouvertous les se ours nécessaires à une armée. Cette résolution prise, il délibéra s’ill'exécuterait la nuit ou le jour. Quoique le premier parti fût le plus sûr, ilpréféra le plus glorieux; il voulut que le soleil éclairât sa retraite, dans l’espé-rance que l'ennemi, témoin d’un mouvement si hardi, le suivrait dans uneplaine dont il comptait faire un théâtre de victoires.
Au lever de l'aurore, le corps de réserve s’ébranle suivi de l’armée distribuéeen six colonnes. La première ligne de la droite formait l’arrière-garde cou-verte et protégée par dix escadrons aux ordres du marquis de Noirmoutier .Le baron de Beck s’aperçoit de cette marche audacieuse; aussitôt il part avec lesCioates et toute la cavalerie lorraine, la meilleure qu’il y eût au service del’Espagne, et franchit l’espace qui le sépare des Français . Condé fait arrêterses gendarmes; Beck tombe sur l’arrière-garde; Noirmoutier le reçoit avecvigueur, le combat est sanglant, les Français sont enveloppés, enfoncés, mas-sacrés. Alors le prince donne le signal à la gendarmerie; Chàtillon la conduit.Elle fond comme un torrent sur les Lorrains , qui cherchent à leur tour leursalut dans la fuite. L’archiduc fait marcher la cavalerie à leur secours. Sou-