ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
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dain ils reprennent courage et reviennent au combat. Bientôt cette masseénorme de cavalerie, se précipitant avec autant de furie que d’intrépidité surles gendarmes, les culbute, les disperse et leur arrache la victoire. Le dangerne pouvait être plus grand et plus manifeste. Condé, qui l’avait prévu, se pré-parait à soutenir tout l’effort de Beck avec huit escadrons. Il exhorte ses guer-riers à combattre en Français , et tous lui promettent de mourir à ses piedsplutôt que de l’abandonner. Il s’avance à la tête du régiment de son nom pourrecevoir l’ennemi. Ces hommes, qui venaient de lui promettre des prodiges devaleur, étonnés de la défaite des gendarmes, du nombre, de la fureur et descris de ceux qui les poursuivaient, perdent à la fois la tête et le courage. Enun instant le prince se trouve seul sur le champ de bataille En vain il appelleses soldats; ses soldats sont sourds à ses prières, à ses menaces. Il est sur lepoint d’être pris. Un page qui le suivait est arrêté à ses yeux. Il va rejoindreen frémissant quatre escadrons qui, honteux de s’être laissé emporter auxmouvements contagieux de la frayeur, font halle vers un rideau situé au piedd’une éminence où les autres étaient allés chercher un asile. Il les rallie auxgendarmes et les fait tourner vers l’ennemi. Ce mouvement soudain et hardiétonne Beck; dans le désordre où l’a mis une poursuite trop vive, il n’ose lescharger. Il ramène sa cavalerie sur une hauteur en attendant l’archiduc. 11envoie à ce prince aides de camp sur aides de camp pour l’exhorter d’accélérersa marche, lui exagérant le désordre et la frayeur des Français , lui promettantde lui amener Condé prisonnier, le félicitant enfin d’une victoire aussi glorieuseque celle de Pavie et de Saint-Quentin .
A cette nouvelle, Léopold précipite en quelque sorte ses troupes et quitteun poste inattaquable pour achever son triomphe. Sa surprise fut grande lors-qu’au lieu du trouble et de la confusion, il vit tout en ordre parmi les Fran-çais . Par des prodiges d’activité, de prévoyance, d’habileté, le prince avait enpeu de temps réparé les suites de l’échec qu’il venait de recevoir. Tous les of-ficiers généraux étaient en ce moment rangés à ses côtés pour recevoir desordres.
«Messieurs, leur dit-il, il faut vaincre ou mourir.» On obéit : chacun courtà son poste. L’àme du grand Condé , selon l’expression d’un célèbre écrivain,passe, pour ainsi dire, tout entière dans le cœur des Français . Le prince nechangea rien au plan de la bataille ; seulement de la première ligne de la droitefatiguée, et encore ébranlée de sa déroute, il fit la seconde. On a toujours re-gardé ce mouvement hardi et décisif comme une des principales causes de lavictoire. Il caractérise la présence d’esprit, le sang-froid et la connaissanceprofonde que Condé avait du cœur humain. Les troupes, dominées par l’as-cendant du génie, exécutèrent ce mouvement avec la même précision et la mêmerapidité qu’une évolution ordinaire. Les deux lignes changèrent de poste enpassant par les intervalles l’une de l’autre ; à peine l’ennemi attentif s’aper-çut-il de cette manœuvre audacieuse. Le prince rallia avec la même facilitéles gendarmes, qu’il plaça au centre. Ensuite il parcourut les rangs en s’é-criant : « Amis, ayez bon courage, et souvenez-vous de Rocroi , de Fribourg