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HISTOIRE DE L’ARMÉE
et de Nordlingen . » Il dit, et l’air retentit de fanfares. A cette musique guer-rière succède un silence profond et menaçant. Condé et Grammont s’em-brassent à la vue de l’armée et volent chacun à la tôle de sa ligne. Huit heuresdu malin sonnaient lorsque l’armée française descendit dans la plaine. L’ar-tillerie la précédait, faisant sans cesse des décharges terribles.
A cinquante pas, l’archiduc donna le signal; le prince de Salm, à la tôtede la première ligne de la gauche des Espagnols , marche en avant. Les deuxarmées s’approchent, escadron contre escadron, fantassin contre fantassin. Oneût dit un duel d’armée à armée, d’homme à homme, et non une bataille.Chacun présente le pistolet, attendant dans un profond silence, sans aucunmouvement, que l’ennemi ait tiré. Condé avertit les siens qu’ils vont avoir unchoc furieux à soutenir, mais que ce danger essuyé, la victoire est h eux.Tandis qu’il parle, l’ennemi, plus impétueux, fait une décharge terrible.Presque tous les officiers du premier rang sont blessés ou démontés. Condé,à la tête du régiment de Villette (autrefois de Gassion), enfonce l’épée à lamain l’escadron qui lui est opposé. Les autres généraux l’imitent et triom-phent comme lui de la première ligne des ennemis; mais la seconde ligne,composée de troupes lorraines, s’ébranle, attaque et renverse à son tour celledes Français .
Le prince accourt, rallie les fuyards et les ramène à la charge. L’action de-vient terrible. On enfonce et l’on est enfoncé tour à tour. Condé ne connaîtplus le danger, en une heure il charge douze fois. 11 passe d’un lieu à l’autreavec la rapidité de la foudre. Il semble se multiplier. Bientôt ces braves Lor-rains, tant de fois vainqueurs, épuisés, abattus, plient, reculent et prennentdécidément la fuite, entraînant dans leur déroute l’aile entière et le corps deréserve, dont le vainqueur fait un grand carnage.
Grammont, après avoir soutenu à bout portant une charge terrible, étaittombé sur la première ligne de la droite des Espagnols et l’avait renversée. Ilenfonça ensuite et battit la seconde ligne sans lui donner le temps de se recon-naître. Il poursuivit enfin les vaincus jusqu’au défilé de Lens, où il rencontraCondé. Ces deux généraux, pour se féliciter de leur succès, s’approchent etse jettent dans les bras l’un de l’autre. Cependant le régiment des gardes fran-çaises, emporté au delà de la ligne par un excès de courage, avait attaqué etdétruit un régiment espagnol et deux régiments allemands. Mais, pris en flanclui-même par un régiment de cavalerie conduit par l’archiduc en personne, ilallait être taillé en pièces, quand Châtillon parut soudain à la tête des gen-darmes et des gardes du prince. Enfoncer la cavalerie espagnole et la dissiperne fut l'affaire que d’un instant. Toute l’infanterie s’ébranle dans ce momentet fond sur les bataillons ennemis, qui, découragés par l’entière défaite desescadrons, étaient à moitié vaincus. En vain le général Beek fit tout ce qu’ondevait attendre d’un capitaine vieilli dans les batailles ; mais il ne peut empê-cher la déroute des siens. Lui-même fut pris, percé de coups, baigné dansson sang et conduit à Arras , où peu de temps après il mourut de désespoir.
L’archiduc, ne voyant plus d’espérance, prit enfin la fuite avec le comte de