ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 59
lontaire, ou plutôt le racolement, resta en usage pendant la première moitié durègne de Louis XIV ,
Dans les jours de fête, dans les foires de village, un vieux sergent de quelquerégiment provincial arrivait avec sa moustache bien relevée, son uniformebrillant, sa tenue toute martiale; il s’installait dans un cabaret, racontait auxjeunes gens du village les merveilles de la vie des camps, vie pleine d’aven-tures joyeuses, de belles jeunes fdles enlevées, de villes conquises, de. bataillesgagnées, de bruit, de fanfares, de coups de canon, etc. Puis, après force liba-tions, après force chansons de guerre, et quand l’auditoire ôtait séduit parcette brillante perspective, enivré par les douces illusions de plaisir et do gloire,l’habile sergent profitait de cet enthousiasme pour enrôler des soldats à S. M.le roi de France . Fin connaisseur, il ne racolait d’ordinaire que des hommesrobustes et valides, et qui, habitués aux pénibles travaux de l’agriculture,étaient moins éprouvés par les misères de la vie militaire.
C’est ainsi que furent composées les armées que nous avons vu combattresous Condé et Turenne ; mais vers le milieu du règne de Louis XIV , quandles armées devinrent plus nombreuses, quand nos drapeaux parurent à la foissur le Rhin, la Meuse, l’Escaut, les Pyrénées et les Alpes , le mode de recru-tement devint bientôt insuffisant, et l’on revint aux idées de Richelieu, c'est-à-dire au seul système rationnel et inépuisable. L’ordonnance de 1636 fut re-mise en vigueur.
C’est alors que furent créés les régiments des milices.
Chaque ville, chaque bourg, chaque village, fournit un certain nombred’hommes pour deux ans.
Cette première levée de la milice se fit d’une manière assez irrégulière (1688) ;mais lorsque de nouvelles levées devinrent nécessaires, on eut recours au sort(ordonnance de 1701), avec cette circonstance toutefois que ceux qui ne vou-laient pas courir la chance, en étaient quittes pour 75 francs.
Ces levées régulières produisaient annuellement un contingent de vingt-cinqmille hommes environ.
Le recrutement des miliciens par la voie du sort se faisait parmi tous lesFrançais âgés de seize ans révolus; ils étaient destinés à la garde des places etdes côtes. Les bataillons de milice étaient beaucoup plus nationalement com-posés que le reste de l’infanterie, dont le recrutement se faisait souvent dansla lie des grandes villes. La milice a plus de rapport avec les francs-archers deCharles Vil qu’avec notre garde nationale actuelle. En effet, le milicien étaitréellement soldat, il s’engageait pour deux ans, il quittait ses foyers. Ce quia fait comparer les miliciens à nos gardes nationaux, c’est que la paroissedevait fournir le soldat tout armé et équipé. Au roi appartenait la nominationdes officiers des miliciens ; il les choisissait dans la noblesse et parmi les gensvivant avec luxe.
La levée de 1688 produisit un effectif de vingt-cinq mille cinquante hommes,divisés en trente régiments. Ces régiments furent congédiés à la paix deRiswick . — Plus tard on fit de nouvelles levées, mais les miliciens ne