172 HISTOIRE DE L’ARMEE
Armée du Rnw. — Le maréchal de Berwick se porta sur Khel, dont il s’em-para aisément ; puis il vint mettre le siège devant Philisbourg. Les travauxfurent poussés avec vigueur ; la tranchée fut ouverte le 5 juin 1734. Le len-demain, le maréchal de Berwick eut la tête emportée par un boulet de ca-non (1). Ainsi mourut le vainqueur d’Almanza, ce descendant des Stuarts, quidepuis plus de trente ans servait avec le plus noble dévouement sous les dra-peaux de la France, sa patrie adoptive . Sa mort produisit dans l’armée unesensation profonde ; il y eut un moment un tel découragement que l’on futsur le point d’abandonner le siège, surtout lorsqu’on apprit que le princeEugène s’avançait avec des forces considérables pour délivrer Philisbourg;mais d’Asfeld et Noailles, ses lieutenants généraux, prirent des dispositionssi vigoureuses qu’ils maintinrent le général d’Empire, et obligèrent la ville àcapituler. La guerre se changea dès lors en observations. Le prince Eugènene lit aucune entreprise sérieuse, et les généraux français de Coigny et d’As-feld (2) se laissèrent éblouir par la renommée du prince Eugène; ils se tinrentsur la défensive.
En Italie les succès de nos armes furent plus décisifs. —La France unieavec l’Espagne et la Sardaigne , disposant de ressources considérables, chassafacilement l’Autriche de ses possessions. Le maréchal de Villars commandaiten chef les armées des trois souverains.
Le maréchal de Coigny s’empara de Novarre (1734), le marquis de Maille-bois dé Tortone . La prise de ces deux places chassa les Impériaux du Milanais.La victoire de Bitonto, remportée par le duc de Montemor, à la tête des Espa-gnols, leur enleva le royaume de Naples .
Le maréchal de Villars mourut à Turin des fatigues de cette guerre ; ilavait quatre-vingt-trois ans. Ayant appris que le maréchal de Berwick avaitété tué devant Philisbourg : « Cet homme-là, dit-il, a toujours été plus heu-» reux que moi. » Et il expira quelques heures après.
Les maréchaux de Coigny et de Broglie prirent après sa mort le comman-dement de l’armée française . « Tous deux étaient vifs, avides de gloire, fer-
(1) Une discussion s’établit dans la tranchée entre deux ingénieurs; chacun interprétaitd’une manière différente le plan tracé par le maréchal de Berwick, qui, fort savant dans cessortes d’opérations, les préparait toujours lui-même. Comme cette contestation pouvait ame-ner de fâcheux résultats pour l’armée, Berwick ne l’eut pas plutôt apprise, qu’il monta àcheval, accompagné de ses aidesde camp et de son üls milord Édouard, et accourut au galopsur le lieu même où s’était élevé le débat. Les travaux n’ayant point été exécutés, le groupese trouva entièrement k découvert ; et aussitôt que des remparts de la ville on l’aperçut, onse mit à diriger sur lui un feu très-vif. En voyant les boulets sillonner la terre sous les piedsdes chevaux du maréchal et de son fils, les officiers le supplièrent de se retirer, ou du moinsde chercher quelque accident de terrain derrière lequel ils pussent se mettre à l’abri ; maisle maréchal ne voulut rien entendre, et continua de donner ses ordres. Il indiquait du boutde sa canne le tracé de la tranchée, quand un boulet vint le frapper au front, et lui emporiala moitié de la tête. Milord Édouard fut couvert du sang et de la cervelle de son père, et leduc de Duras fut blessé du même coup par le piquet d’un gabion.
(î) Le duc de Noailles avait été envoyé à l'armée d’Italie . - • ' ■ i