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Tome second.
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174 HISTOIRE DE L’ARMÉE

Il y avait bien encore le roi de France , qui descendait de la branche aînéeet masculine d’Autriche, par Anne d’Autriche, femme de Louis XIII , et parMarie-Thérèse, femme de Louis XIV ; mais il comprit qu’élever l’apparenced’une prétention à ce sujet, c’était liguer l’Europe entière contre lui.

En attendant, Marie-Thérèse se mit en possession, reçut en personne leshommages des États d’Autriche à Vienne le 7 novembre 1740, et les ser-ments, par députés, de l’Italie, de la Bohême et de la Hongrie .

Le premier coup qui l’atteignit partit du point de l’Europe d'où elle s’atten-dait le moins à être frappée.

Il y avait, parmi cette vieille ligue de royaumes et cette vieille famille desouverains, un royaume et un souverain qui dataient à peine de trente-neufans. L’empereur Léopold, usant du droit que se sont toujours attribué lesempereurs d’Allemagne, avait, en faveur de Frédéric, électeur de Brande-bourg, érigé la Prusse ducale en royaume : le don n’était point riche, et per-sonne ne l’envia. La Prusse, à cette époque, n’était qu’une espèce de désertaride, presque inhabité. Mais Frédéric-Guillaume II , son fils, fit défricher lesterres, bâtir des villages, fit venir des habitants de la Souabe et de la Franco-nie, et forma ainsi un nouvel État, qui, après vingt-huit ans d’un règne éco-nome et laborieux comme la gestion d’un simple particulier, se trouva avoirun trésor d’une quinzaine de millions, et une armée de soixante-dix millehommes. Frédéric-Guillaume III venait d’hériter du trésor et de l’armée; ilvit l’embarras de Marie-Thérèse, spécula sur sa position, et lui fit offrir sesquinze millions et ses 70,000 hommes, si elle voulait lui céder la Basse-Si-lésie . Marie-Thérèse refusa avec hauteur, et Frédéric se mit en marche pouraller prendre de force ce qu’on ne voulait pas lui céder de bonne grâce.

La France, qui soutenait les prétentions de la Bavière , prêta à celle-ci le se-cours de ses armées. Le maréchal de Belle-Isle fut mis à la tète des troupes fran-çaises . C’était un homme qui avait usé sa vie dans le métier des armes dontil avait fait une étude sérieuse. Il était brave, quelquefois téméraire, maisbon officier et très-capable.L’irruption du roi de Prusse dans la Silésie servitde signal aux hostilités. On forma une armée qui, sous les ordres de Belle-Isle, pénétra en Bavière, et, s’étant réunie aux Bavarois, s’avança vers l’Au-triche et menaça Vienne . Le maréchal de Broglie, qui avait remplacé deBelle-Isle dans le commandement, pendant que celui-ci remplissaità Francfort la mission de plénipotentiaire, s’empara de Prague par escalade. Dans lemême temps, le roi de Prusse se rendait maître de la Moravie , et l’électeurde Bavière était reconnu empereur par la diète de Francfort sous le nom deCharles VIL Mais Marie-Thérèse, dont la fortune semblait désespérée, trouvades alliés puissants, l’Angleterre, la Hollande, la république de Venise luiprêtèrent des hommes, des armes, des vaisseaux et de l’argent. Et bientôttout changea de face. Le maréchal de Noailles fut battu à Dettinghen ( 27juin 1743) par le roi d’Angleterre. Les armées françaises furent chassées del’Allemagne, et une fois encore la guerre fut transportée du Danube sur leRhin. La France perdit sa marine, vit ses frontières menacées pour une cause