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Tome second.
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176 HISTOIRE DE L’ARMÉE

contre les Turcs en Hongrie, et contre les Français en Italie et en Allemagne :sans être ostensiblement généralissimes, les deux jeunes princes étaient in-vités à prendre son avis et à s’éclairer de son expérience; on avait mis leurimpétuosité sous la garde de sa sagesse.

L’armée française eût été plus nombreuse que l’armée ennemie, si Louis XV n’avait pas jugé indispensable de laisser dix-huit mille hommes devant Tour-nai , et d’en destiner six mille à la garde des ponts sur l’Escaut et des com-munications avec les autres troupes.

Malgré la présence du roi et du dauphin à l’armée, celle-ci était réellementsous les ordres du comte Maurice de Saxe , maréchal de France depuis un an.Malheureusement, le vainqueur de Prague et d’Égra n’était plus physiquementque l’ombre de lui-même : atteint d’une maladie mortelle, il se faisait traîner,couché sur un matelas, dans une carriole d’osier; et, en partant de Paris , ilétait déjà dans un tel état de faiblesse, que Voltaire lui ayant demandé com-ment il se mettait en route dans une pareille situation, il lui avait répondu :

« Il ne s’agit pas de vivre, mais de partir. » En effet, il était arrivé mourantà l’armée.

Le roi était à Pont-Achain le 7 mai ; le lendemain, il alla visiter le champde bataille que le maréchal avait choisi ; car, par la position des deux armées,l’ennemi se voyait forcé d’accepter le combat tel que le lui offrirait le maré-chal, ou de laisser prendre Tournai .

Le champ de bataille dénotait le grand homme de guerre ; tout était préparépour la victoire, tout était prévu pour la défaite : c’était une plaine tourmentéede ravins, resserrée entre Fontenoi et le bois de Barri, et qui, s’élargissantensuite, permettait à notre ligne un développement de trois quarts de lieue àpeu près. Ainsi disposée, l’armée appuyait sa droite à Anthoin, sa gauche aubois de Barri : tout son front, dont Fontenoi formait le centre, était couvertde redoutes; Anthoin, surtout, avait été fortifié et entouré d’abatis d’arbres;en outre, une batterie de six pièces de seize, placée au delà de l’Escaut, pre-nait en écharpe toute armée qui eût tenté de s’avancer dans la plaine séparantAnthoin de Péronne ; quant à l’extrême droite du bois.de Barri, elle était pro-tégée par deux redoutes assez rapprochées de Fontenoi pour que leurs feuxse croisassent avec ceux de Chàville . Or, comme Anthoin ne pouvait êtreattaqué que par la plaine de Péronne , comme on ne pouvait atteindre l’arméefrançaise qu’en traversant le défilé de Fontenoi, de quelque côté que se présen-tât l’ennemi, il fallait qu’il s’exposât, pour une victoire douteuse, à une défaite.

En outre, et en cas de défaite, le maréchal de Saxe avait établi en avant dupont de Calonne, le seul sur lequel on pût traverser l’Escaut, une tête depont en double couronne, où, comme nous l’avons dit, il avait laissé six millehommes de troupes fraîches : du moment où le danger deviendrait trop im-minent, le roi et le dauphin devaient donc se retirer par le pont, sous les re-tranchements duquel l’armée, de si près qu’elle fût poursuivie, pouvait par-faitement se rallier.

De leur côté, les alliés étaient divisés en deux corps, pour fair