Eï DE TOUS LES RÉGIMENTS. 177
fois aux deux points d’attaque arrêtés d’avance ; le jeune prince de Waldeck,avec les Hollandais, menaçait Anthoin; les Anglo-IIanovriens, sous les ordresdu duc de Cumberland, s'apprêtaient à forcer le délilé de Fontenoi, et for-maient un vaste cercle autour de notre armée, appuyant leur gauche à Péronne et leur droite à Barri. Les deux armées employèrent la journée du 10 et lanuit du 11 à faire leurs dispositions.
Leroi passa la journée du 10 chez le maréchal de Saxe, qui, sur son ordreexprès, était resté couché : le maréchal était atteint d’une hydropisie parvenueau troisième degré, et s’était refusé à la ponction, de peur que l’opération, notournant mal, ne l’empêchât d’assister à la bataille. On parla des actions oùles rois de France s’étaient trouvés en personne ; le roi rappela alors aux assis-tants que, depuis la bataille de Poitiers, aucun roi de France n’avait combattuavec son fils, et que depuis celle de Taillebourg, gagnée par saint .Louis, au-cun de ses descendants n'avait remporté de victoire importante sur les An-glais ; c’était deux revanches à prendre pour une.
Le 11, à cinq heures, on annonça au maréchal que l’ennemi se mettait enmouvement; alors il se fit conduire vers la première ligne, qui était disposéeainsi : neuf bataillons gardaient Anthoin; trente et un occupaient Fontenoi,s’étendant à droite jusqu’à Anthoin, à gauche jusqu’au ravin de Fontenoi;quinze bataillons formaient la gauche, et s’étendaient derrière le bois de Barrijusqu’à Gauvin ; toute la cavalerie occupait en arrière un front égal à celui del’infanterie, sur deux lignes derrière le centre et la gauche, et sur une lignederrière la droite ; un bataillon de partisans, appelés les Grassins, était jeté entirailleurs dans le bois de Barri.
Au même moment, toute la ligne française s’enflamma, et répondit par unedécharge générale. Bientôt on ne s’en tint plus à la canonnade, on s’abordacorps à corps. Les Hollandais dirigèrent deux attaques sur Anthoin, et furentdeux fois repoussés ; à la seconde attaque, un escadron presque entier futemporté par une bordée croisée de la batterie placée derrière l’Escaut, etd’une autre batterie placée en avant d’Anthoin : il n’en resta que douzehommes.
Quant aux Anglais , repoussés trois fois de Fontenoi, ils étaient revenustrois fois à la charge, et se reformaient pour tenter une nouvelle attaque.Pendant ce temps, la brigade de Royal avait changé trois fois de position, ettoujours sous le feu de l’ennemi. D’abord elle avait été placée au centre, oùelle avait beaucoup souffert, et où M. Hanonnet, capitaine du régiment, avaiteu la tête emportée par un boulet; puis, elle avait reçu l’ordre de se porterentre Anthoin et Fontenoi, où elle était restée une demi-heure environ ; enfin,elle venait de se remettre en bataille derrière la brigade des gardes-fran-çaises et suisses. Il était à peu près dix heures et demie du matin : les An-glais préparaient une quatrième attaque qui allait décider du succès de lajournée.
Déjà repoussé trois fois, comme nous l’avons dit, le duc de Cumberlandavait remarqué que les Français devaient leur avantage au feu croisé de leurh. 23