J 78 HISTOIRE DE L’ARMÉE
ai L.lerie. En conséquence, il ordonna de s’emparer du bois de Barri, et d’en-lever les deux redoutes; mais il ne put y réussir.
Cependant, un temps précieux avait été perdu. Les coups de feu partis dubois avaient donné l’alarme, et le maréchal de Saxe y avait fait filer deuxbataillons, de sorte qu’il était devenu presque imprenable. Le duc de Cum-berland résolut de forcer le ravin, et disposa toute son infanterie, vingt millehommes à peu près, sur une seule colonne : cette masse était formée d’Anglais et d’IIanovriens ; six pièces de canon traînés à bras marchaient en tète, sixautres étaient placées au milieu des lignes ; les six pièces de canon du frontcommencèrent alors à tonner, et la masse géante s’ébranla.
Elle s’approcha lentement, l’arme au bras, mèche allumée, mais sans fairefeu ni de ses canons ni de ses fusils; elle s’approcha, sans que les gardes-françaises et les gardes-suisses, qui cependant n’étaient pas un contre dix,fissent un pas pour reculer; elle s’approcha au milieu d’un silence de mortque pas un seul bruit n’interrompait. Le régiment de Campbell et le Royal-Écossais marchaient les premiers : à leur tête, étaient M. de Campbell, lieu-tenant général, le comte d’Albemarle, général-major, et M. de Churchill,petit-fils naturel du fameux duc de Marlborough. Arrivés à cinquante pas denos rangs, les officiers anglais portèrent la main à leurs chapeaux, et sa-luèrent. Le comte de Chabannes, descendant du maréchal de La Palice, tué àPavie; le duc de Biron, neveu de Lauzun, qui étaient sortis des rangs pouraller au-devant d’eux, et tous les officiers, rendirent le salut. Alors, milordCharles Hay, capitaine aux gardes anglaises, fit quatre pas en avant, et cria :« Messieurs des gardes-françaises, tirez ! » A ces mots, le comte de Haute-roche, lieutenant des grenadiers, fit également quatre pas en avant, et répon-dit à voix haute : « Messieurs, nous ne tirons jamais les premiers ; tirez vous-« mêmes, s’il vous plaît !» et il remit son chapeau que jusqu’alors il avaittenu à la main. Aussitôt les six pièces de canon tonnèrent à la fois, et la fu-sillade commença par division : dix-neuf officiers des gardes et trois centquatre-vingts soldats tombèrent tués ou blessés à cette première décharge;le premier rang avait disparu presque tout entier; les trois autres firent feu,mais à peine l’effet de leur décharge fut-il visible dans les masses profondesoù leurs balles allaient se perdre. La colonne anglaise s’avança alors au pasde course.
Les gardes-françaises et suisses étaient trop décimées pour essayer desoutenir le choc ; elles se retirèrent dans les intervalles des autres régiments,qui, au moyen d’une charge à la baïonnette, repoussèrent les ennemis jusquesur le premier champ de bataille.
Mais la colonne, s’étant reformée, continuait d’avancer à pas mesurés,comme si elle eût fait un exercice, et cela avec un tel ordre qu’on yoyait lesmajors appuyer leurs cannes sur les fusils des soldats, afin qu’ils tirassentbien à hauteur d’homme.
La colonne s’avançait toujours, impassible, ferme et serree ; depuis prèsd’une heure, elle marchait ainsi, foudroyée à droite et à gauche par les re-