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ET 1)E TOUS LES RÉGIMENTS,doutes du bois de Barri et celles du village de Fontenoi, qui lui emportaientdes rangs entiers : mais les vides sanglants se refermaient aussitôt, les mortsdisparaissaient foulés aux pieds des vivants, et la colonne gagnait du terrain,brisant tout ce qui se présentait sur son front, repoussant tout ce qui atta-ouait ses flancs, répondant au feu par le feu, et rendant la mort pour la mort.
Bientôt elle dépassa le village de Fontenoi et le bois de Barri. Depuis ladéroute des gardes-françaises et suisses, le désordre s’était mis dans l’armée,rien ne se faisait plus avec ensemble. Le maréchal de Saxe jugea la positiond’un coup d’œil; il oublia ses douleurs, se fit amener un cheval et le monta.Comme il n'avait pas la force de porter une cuirasse, il prit à son bras unpetit bouclier, qu’il jeta aussitôt, ce poids, si léger qu’il fût, étant encore troplourd pour lui.
L’ennemi, s’avançant toujours, vit que les batteries des redoutes de Fon-tenoi étaient sans effet, et que celles du bois de Barri seules portaient. Enayant demandé la cause, il apprit que les boulets étaient épuisés à Fontenoi,et qu’on continuait de tirer à poudre, pour ne pas laisser voir aux alliés qu’onmanquait de projectiles.
L’affaire devenant de plus en plus périlleuse, le maréchal de Saxe envoyadire au roi de repasser le pont avec le dauphin, tandis que lui ferait tout cequ’il pourrait pour remédier au désordre. Mais le roi lui répondit : Je suisbien sûr qu'il fera ce quil faudra, mais je resterai ou je suis.
Le désordre allait augmentant; les boulets arrivaient jusqu’au roi. Plus lacolonne avançait, plus elle devenait profonde, car tout ce qui restait d’infan-terie anglo-hanovrienne s’était joint à elle; elle pouvait avoir perdu cinq ousix mille hommes, mais il lui en restait encore au moins seize à dix-huit mille.
La bataille paraissait perdue. En ce moment un flot de fuyards sépara leroi du dauphin ; les Anglais n’étaient plus qu’à un quart de lieue de lui.
Tout l’état-major était en mouvement; chacun rassemblait le plus d’hom-mes qu’il pouvait, et venait, à son tour, essayer d’ébranler cette inébranlablemasse.
Le maréchal de Saxe restait toujours au milieu du feu : on eût dit qu’ilvoulait se faire tuer. Il vit un régiment marcher à cette colonne et l’attaquerà la baïonnette; des rangs entiers tombaient sous le canon et la mousque-terie, et pourtant le régiment ne bronchait point. Lorsqu’on lui dit que c’étaitle régiment des Vaisseaux, commandé par M. de Guerchi, le maréchal regardaencore un instant en silence cette horrible boucherie ; puis, voyant qu’il nereculait pas d’un pas : « Comment est-il possible, s’écria-t-il, que de pareillestroupes ne soient point victorieuses ! »
Le maréchal fit encore prier le roi de se retirer; mais Louis XV , impas-sible, avait déclaré qu’il ne ferait pas un pas en arrière, et il était décidé àmourir où il se trouvait. Tout était désordre et confusion autour de lui; et,sous prétexte de tenir conseil, tout le monde parlait à la fois. En ce moment,le duc de Richelieu, son aide de camp, qu’il avait envoyé reconnaître de prèsla colonne, accourait vers lui au grand galop, ayant passé au milieu des