ISO HISTOIRE DE L’AllMÉE
balles et des boulets sans être touché, mais hors d’haleine, et couvert depoussière : il dit au roi que l’ennemi, étonné de sa victoire, ne savait pas s’ildevait se porter plus avant, car il n’était pas soutenu par sa cavalerie; quosi l’on taisait avancer une batterie contre lui, et que si les redoutes de Barryet de Fontenoi, qui avaient reçu des boulets, redoublàientleur feu, et qu’enfinsi la maison du roi tombait sur lui en fourrageurs, on pourrait le vaincre.
« Très-bien, dit le roi ; monsieur de Richelieu, mettez-vous à la tète de maMaison, et donnez l’exemple. » Tout s’ébranle aussitôt pour celte chargedécisive. Le maréchal de Saxe voit le mouvement qui s’opère, s’en fait rendrecompte, en reconnaît l’opportunité, et envoie des ordonnances dans toutesles directions.
Cependant, la colonne, qui a toujours continué d’avancer pour couperl’armée française en deux et pour séparer l’aile droite du pont de Calonne,n’est plus qu’à cent pas de la batterie qu’on vient d’établir; tout à coup ellese démasque et fait feu; l'effet en est terrible : les trois premiers rangs sontanéantis; la colonne hésite et s’arrête. En ce moment, les redoutes de Fon-tenoi et de Barri tonnent à la fois, croisent leurs feux, et enlèvent des filesentières. En même temps, vingt mille hommes, qui un quart d’heure aupa-ravant étaient dispersés, et qui se sont réunis comme par magie, fondent surla colonne qu’ils attaquent en flanc sur une longueur d’une demi-lieue,tandis que la Maison du roi, la gendarmerie et les carabiniers s’élancent dansla trouée que la terrible batterie a creusée à son front.
Un instant encore le succès fut douteux, la colonne gigantesquo faisaitface de tous côtés; enfin le régiment de Normandie commença à l’entamer,puis les Irlandais, puis Royal. Bientôt on vit le serpent se tordre et se dé-battre, coupé en trois tronçons, et la colonne fit son premier pas en arrière.
Alors chacun redoubla de courage : l’armée tout entière avait à vengerhuit heures de défaite. Chaque homme voulait sa revanche ; on s’attaquacorps à corps. Les combats particuliers succédèrent à la lutte générale ; lesfuyards eux-mêmes, en voyant changer la face des choses, voulurent avoirpart à cette sanglante curée, et revinrent s’abattre sur la colonne à l’agonie,qui, harcelée en tête, mordue aux lianes, finit enfin par changer sa retraiteen déroute.
Tout était détruit ou prisonnier, pas un n’échappait de ces quinze ou dix-huit mille hommes, si la cavalerie ne filt venue à leur secours. Sous sa pro-tection, le duc de Cumberland rallia huit à dix mille hommes, avec lesquels ilparvint à opérer sa retraite.
Louis XY avait lancé son cheval au galop, et allait de régiment en régi-ment. Partout on entendait des cris de joie et de victoire, là où un quartd’heure avant on entendait des hurlements de rage et des râles d’agonie.Les soldats faisaient sauter leurs chapeaux en l’air; les drapeaux criblés deballes s’inclinaient, les blessés se soulevaient pour faire encore un geste dela main... c’était un délire général.
Le maréchal de Saxe se laissa glisser aux pieds de son chevai, et tourna