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Tome second.
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182 HISTOIRE DE L’ARMÉE

après avoir enlevé aux Turcs Oczakow, venait d’enlever le Brabant à la Hol-lande .

Personne ne croyait à la prise de Berg-op-Zoom , pas même le roi, pasmême l’armée qui en faisait le siège. Quant à la garnison, renforcée d’hom-mes, d’artillerie et de vivres, toujours à même d’être secourue par terre etpar mer, elle était parfaitement tranquille derrière ses remparts ; il n’y eutque M. de Lowendahl qui, se reposant moitié sur son génie, moitié sur lecourage de son armée, ne douta jamais de la réussite.

La tranchée fut ouverte dans la nuit du 14 au 15 juillet 1747. Les tra-vaux furent poussés avec activité jusqu’au 15 septembre. Pendant cetintervalle, une maladie contagieuse, occasionnée par le terrain humidesur lequel ils étaient campés, avait mis plus de vingt mille hommes horsd’état de servir; mais ces vingt mille hommes ayant été remplacés par destroupes fraîches, etM. de Lowendahl ne voulant pas donner à l’épidémie letemps de faire de nouveaux progrès, ordonna l’assaut pour le lendemain 16,quoique les brèches ne fussent point encore praticables et que trois ouvragesseulement fussent endommagés : ces ouvrages étaient le ravelin d'Edem etdeux bastions, dont l’un s’appelait Cokorn, et l’autre la Pucelle. 11 s’agissaitd’attaquer ces trois ouvrages à la fois, et d’enlever ainsi la ville par uncoup de main.

Le secret avait été parfaitement gardé, et personne ne croyait l’assaut siproche, lorsque le 16 au soir, sur les onze heures, M. de Lowendahl fait ré-veiller les troupes : le soldat, qui comprend que la réussite dépend de l’igno-rance où restera l’ennemi, prend ses armes sans bruit, et descend jusquedans le fossé, sans qu’une seule sentinelle ait donné l’alarme. Là, à un signalconvenu, les troupes se séparent et courent aux trois brèches, qui sont suc-cessivement enlevées avec un rare bonheur. Le prince de Hesse-Philipstadtveut seul s’opposer aux vainqueurs, et leur barre les rues avec deux régi-ments suisse et écossais; ils sont écharpés, mais meurent ainsi que meurentles Suisses et les Ecossais, sans faire un pas en arrière. Le commandant de laplace, le vieux baron de Cromstrom, essaye un instant de rallier la garnison ;mais voyant que cela est impossible, il se jette avec elle dans les lignes. A sixheures du matin, ville, provisions, artillerie, bagages, tout est à nous, jus-qu’à dix-sept barques chargées de munitions de toute espèce envoyées par laHollande, sur lesquelles était écrit en gros caractères : A l'invincible gar-nison de Berg-op-Zoom. Louis XV fit le comte de Lowendahl maréchal deFrance.

L’étonnement de l’Europe fut grand lorsqu’on apprit que la ville impre-nable était prise, non pas comme on prend une pareille ville, après un longsiège, après des mois de tranchée, après des assauts répétés, mais comme onenlève une bicoque, d’un coup de main. La Hollande était consternée, l’An-gleterre était stupéfaite ; cependant aucune ouverture n’était encore faite nipar l’une ni par l’autre. Louis XV s’en étonnait un jour devant le maréchalde Saxe : «Sire, lui dit le vieux guerrier, la paix est dans Maëstricht .»