Band 
Tome second.
Seite
183
JPEG-Download
 

183

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

Le maréchal de Saxe disait vrai : Maëstricht , investi le 13 avril, se rendit le10 mai, et, le 12, les alliés firent enfin des propositions de paix. Un congrèsfut fixé à Aix-la-Chapelle , et le marquis de Saint-Severin y fut envoyé, avecla recommandation de poser ses conditions, non en marchand, mais en roi.

En effet, les conditions imposées par la France étaient bien des conditionsroyales. Louis XV défendit les droits de tous ses alliés, sans rien réclamerpour lui-même : il assura le royaume des Deux-Siciles à don Carlos, soncousin ; le duc de Modène, qui avait épousé mademoiselle de Valois, fille duduc d’Orléans, régent, fut remis en possession de ses États; enfin, l’infantdon Philippe obtint les duchés de Parme , de Plaisance et de Guastalla. Leroi de Prusse, qui avait commencé la guerre, fut celui qui en tira les plusgrands avantages; il conserva la Silésie qu’il avait conquise, et se trouva toutà coup, par cette augmentation de territoire, et aussi par les sévères écono-mies de son père Frédéric I", à la tête d’une puissante nation. Enfin, le ducde Savoie , pour prix de son alliance avec l’impératrice, obtint une partie duMilanais.

Deuxième Partie. Organisation. — Les longues guerres du siècle deLouis XIV se divisent en trois périodes, en ce qui concerne la manière de com-battre et de diriger les troupes. La première est l’époque de Turenne et deCondé : elle commence à Rocroy, et s’arrête au premier traité d’Aix-la-Cha-pelle . La deuxième comprend la fin du dix-septième siècle : c’est l’époque ohLuxembourg commandait nos armées. La troisième commence à la guerre dela succession, et finit, en 1713, au traité d’Utrecht . Dans la première époque,c’est l’art méthodique et savant : tout est étudié dans une bataille ; chaquearmée est établie dans le terrain qui convient à sa nature ; chaque troupecombat ou peut combattre, ou protéger l’armée en cas de retraite. Mais aussiles armées étaient peu nombreuses, admirablement composées, et surtoutbien commandées. Dans la deuxième période, on voit paraître les grandesmasses, et déjà les grands abus ; mais les leçons de Turenne ne sont pointencore oubliées, et Luxembourg applique à la guerre cet excellent précepte :de marcher comme on est campé, ou comme on veut camper, ou comme on veut com-battre. Dans la troisième, on remarque plus d’audace dans les conceptionsstratégiques ; mais l’exagération du nombre des armées et l’imperfection desmoyens pratiques expliquent suffisamment la cause des revers qui signalè-rent cette époque. Le manque d’organisation pour conduire des masses aussinombreuses, le défaut de connaissances topographiques, souvent aussi l’im-péritie des généraux, faisaient que les troupes arrivaient en désordre sur lelieu du terrain, que les positions utiles n’étaient souvent pas occupées, et quedes brigades entières étaient paralysées, comme à llochstedt et à llamillies.

Aussi trouvons-nous peu de perfectionnement dans l’emploi général desarmées, et même dans leur emploi particulier.

Comme précédemment, les armées restèrent partagées en spécialités sépa-rées. L’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, les vivres et les bagages formaientcinq grandes masses, ayant chacune leur organisation spéciale, et deman-