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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

dant longtemps pour être mises en rapport. L'importance des approvisionne-ments de toute espèce allait toujours augmentant. Les généraux médiocresn’osaient plus agir sans être grossement pourvus de tout; et comme les ar-mées étaient très-nombreuses, la masse des charrois était vraiment énorme.L’armée, habituée et fortement attachée à ces charrois, n’osait plus marchersans eux; ainsi, ils entraînaient pour les marches ordinaires une lenteur etune lourdeur extrêmes (I).

Le fusil à baïonnette ayant été reconnu l’arme la plus parfaite pour l’in-fanterie, les piques disparurent, et désormais toute l’infanterie, armée defusils, ne se disposa plus que sur trois rangs. La cavalerie, reprenant deplus en plus l'action par l’épée, n’eut désormais que trois et quelquefois deuxrangs de profondeur. Les mêmes intervalles et distances que précédemmentcontinuèrent d’exister dans les rangs et les files ; les troisièmes lignes et lesréserves disparurent presque complètement. Alors, les armées en bataille neprésentèrent plus que deux lignes extrêmement longues, sans densité et sansconsistance : l’extension des fronts était poussée à sa dernière limite.

L’artillerie perdait beaucoup de sa puissance contre des éléments si épar-pillés; d’un autre côté, elle avait à redouter les feux plus nombreux et plusefficaces des troupes : l’artillerie avait donc considérablement baissé dans saposition vis-à-vis des troupes ennemies. De plus, la nécessité pour elle desoutenir les lignes débiles de l’armée la forçait de morceler, de gaspiller sonaction. Ainsi, les circonstances étaient peu favorables à l’artillerie pour agiravec vigueur et puissance. Dans les batailles, elle ne pouvait retrouver degrands avantages que dans son grand nombre, sa bonne conduite, la conti-tinuité de son action, l’inertie des troupes.

Les armées étant devenues beaucoup plus nombreuses, s’étant étenduessur des lignes très-longues et sans consistance, ayant alourdi leur artillerie,devinrent d’une conduite extrêmement difficile, surtout pour l’attaque :l’inertie les paralysait. Quelques généraux, hommes de génie, s’efforçaient dedétruire cette inertie, de donner un peu de vigueur et d’audace aux armées.Mais ces efforts, qui ne furent pas toujours heureux, n’étaient qu’accidentels;le plus grand nombre des généraux cédaient à l’inertie, de sorte que les opé-rations devinrent moins actives et moins audacieuses que jamais; elles sebornèrent souvent à quelques marches très-lentes, à l’observation de l’arméeennemie et à quelques coups de canon. Cette timidité de conduite et ces ca-nonnades répandirent l’emploi des retranchements, qui protégeaient l’artil-lerie, qui constituaient un obstacle de plus à la rencontre des troupes. Dansune telle inaction, les troupes se démoralisaient, s’habituaient à ne plus oseraffronter le champ de bataille découvert.

Une telle position devenant un véritable abus, les troupes se dégradaientdans une continuelle inertie. Les généraux français , et surtout le maréchalde Yillars, commençaient à réclamer contre un système d’opérations si timide.

( 1 ) Histoire générale de Vartillerie.