ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 185
La paix seule est le temps des exercices, des perfectionnements et desessais. Le repos appelle la méditation, et tourne au profit de la science. Unedes branches de l’art de la guerre fut cependant perfectionnée sous le règnede Louis XIV ; ce fut celle des fortifications. L’histoire de cette science estpresque tout entière celle d’un homme. Vauban fut dans les sièges le législa-teur de l'Europe (1). Son traité de Y Attaque des Places (1714) est encore un deslivres classiques de la guerre, et le dix-huitième siècle n’a fait qu’ajouter àsa méthode un petit nombre d’inventions et de vues nouvelles.
Désormais, c’est l'art qui conduit la force, écarte les hasards, épargne letemps et les hommes. Son coeur guide son génie, et son art sert à la fois laguerre et l’humanité. Sur ce théâtre de destruction et de carnage, les habi-tants restent neutres, leurs édifices sont respectés, c’est les seules fortificationsqu’il assiège. Ainsi disparut l’usage barbare de noyer dans le sang des popu-lations entières, de faire un monceau de ruines des plus vastes cités.
Dans ce même temps parut un autre homme de génie qui, dans le mêmeart, chercha un système contraire. C’est Cohom, qui, lui, essaya de suppléerà l’art par la force, en multipliant les bouches à feu dans les équipages desiège. -
Aux longues luttes du règne de Louis XIV succéda une longue période depaix. Des militaires instruits, esprits sérieux et profondément réfléchis, com-mencèrent à déduire des théories nouvelles, à poser des règles, à demanderdes changements et même une révolution complète dans la position des ar-mées. Ce fut un étranger, M. le maréchal de Saxe, qui eut l’honneur d’ap-pliquer à l’armée française uue partie des réformes les plus importantes quirésultèrent de ces diverses théories.
Ce fut lui qui introduisit dans l’infanterie le pas cadencé et emboîté, qui fitdisparaître le flottement, la rupture et la confusion, et fit faire, sans contre-dit, un immense progrès à la tactique. Il s’appliqua surtout à rendre l’infan-terie mobile. Toute la tactique est dans les jambes, disait-il.
Les régiments d’infanterie qu’il commandait étaient presque toujours surtrois rangs en campagne ; un piquet de soldats d’élite encadrait la gauchedu bataillon, comme font aujourd’hui les voltigeurs. L’infanterie légère luiparut indispensable à la guerre : il fit adopter l’exercice prussien comme
(1) Il imagine à Maëstricht (1673) les trois parallèles, et l’assiégé voit avec surprise l’as-saillant s’avancer, sur un front toujours plus grand que le sien, les tranchées ne marchentplus que sous le feu d'une place d’armes. L’artillerie qu’elles recèlent, l’infanterie qui les borde,et la cavalerie postée sur les ailes, foudroient, repoussent, enveloppent les sorties. De 1673à 1703, il crée tout un nouvel art des sièges : il applique à la sape la division du travail, et luidonne une marche régulière, prompte et moins périlleuse. En la variant, il couronne lesglacis, descend dans le fossé, le traverse sous des ponts ou des digues, se loge sur la brèche,et développe dans l’ouvrage même la suite de ses attaques, toujours couvert des feux de l’en-nemi. A Philisbourg, il trouve le ricochet ; dans d’autres sièges, il coordonne, à la marchede la tranchée et des sapes, l’emplacement des batteries, le jeu des mines et la dispositiondes troupes, depuis l’envahissement jusqu’à l’assaut. (Allem. Histoire du génie.)