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HISTOIRE DE L'ARMEE
chal-des-logis, eut ordre d’aller à terre avec un sergent et douze hommes durégiment, et d’avertir si la côte était libre. Dans ce cas, il devait s’avanceivers Ciuta-Della, et la sommer de se rendre pendant que l’armée opérerait ledébarquement. Le chevalier, avec sa faible escorte, arriva terre sans oppo-sition, fit le signal convenu et marcha vers la ville de Ciuta-Della. Les portesétaient ouvertes, il y entra et s’établit sur la place. Il fut bientôt rejoint parvingt-quatre compagnies de grenadiers, ayant à leur tête le comte de Maille-bois. Ainsi, ce fut un détachement de douze hommes qui s’empara des îles Mi-norque. La garnison s’était retirée dans la citadelle de Port-Mahon. L’An-gleterre, prise au dépourvu, ne put s’opposer à cette entreprise. Ce ne futqu’au mois de juin que la flotte anglaise vint attaquer celle de l’amiral de laGalissonniére. Une bataille n’eût pas conservé aux Anglais l’île de Minorque ,mais elle pouvait sauver leur gloire. Us furent repoussés avec perte, et cetéchec causa à Londres une telle consternation, que l’amiral Bing, qui avaitcombattu le marquis de la Galissonniére, fut condamné par une cour martialeà être arquebvsé, en vertu d’une ancienne loi portée du temps de Charles IL
Cependant l’Angleterre espérait conserver la citadelle de Port-Mahon,qu’on regardait, après Gibraltar, comme la place de l’Europe la plus fortepar sa situation, par les ressources de son terrain, et par les prodigieux tra-vaux de défense dont on l’avait fortifiée pendant près de trente ans. C’étaitpartout un roc uni; c’étaient des fossés profonds de vingt à trente piedstaillés dans le roc; c’étaient quatre-vingts mines sous des ouvrages devantlesquels il était impossible d’ouvrir la tranchée.
Tout était impénétrable au canon ; la citadelle était entourée partout defortifications extérieures taillées dans le roc vif. La garnison de Port-Mahon,forte de neuf mille hommes de troupes d’élite, avait été renforcée de bonnombre de paysans, qu’on y avait fait entrer pour travailler aux fortifica-tions ; en outre, les plus riches négociants de l’ile s’y étaient retirés avec leurargent et leurs effets les plus précieux.
Essayer de s'emparer d’une telle place paraissait une entreprise insensée etcent fois plus périlleuse que ne l’avait été l’attaque de Berg-op-Zoom . Cepen-dant, le marquis de Richelieu n’hésita pas à tenter cette entreprise. Le défen-seur de la ville de Gênes voulut prouver qu’il savait aussi bien enlever lesvilles que les défendre. Richelieu était le type le plus complet des gentilshom-mes de cette époque. Célèbre par les agréments de sa figure et de son esprit,il passait des intrigues de boudoir aux intrigues de cour, et des aventuresgalantes aux rudes épreuves des combats. Nul n’avait plus de bravoure et desang-froid que lui; nul n’exerçait une plus grande influence sur l’esprit destroupes ; nul ne fut plus heureux à la guerre. Aussi, toutes ses actions portent-elles un cachet d’audace et de témérité que le succès seul a pu justifier. Telest l’homme qui avait résolu de s’emparer de Port-Mahon, et qui avait juré,à la face de l’Europe , qu’il se ferait tuer sur ce roc ou qu’il y arborerait ledrapeau de la France . A peine arrivé sous les murs de la ville, il fit faire lesdispositions du siège et pressa les travaux avec vigueur, ne s’arrêtant ni aux