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lIISTOUtU DE L’AUMÊE
calmât les passions violentes dont l’explosion ne tarda pas à avoir lieu.
Le dessein de concentrer des troupes autour de la capitale avait étéégalementsuivi dans les principales villes du royaume, notamment à Marseille, à Metz ,à Lille, à Toulon et à Besançon. L’inquiétude qu’on avait ressentie à Paris s’était également répandue dans les provinces où les troupes se trouvaientaccumulées sans motifs. Lafayette, soupçonnant le motif secret de la cour,disait à la tribune : « Je ne puis m’empêcher de faire remarquer à l’assemblée» cette fermentation nouvelle et combinée qui se manifeste de Strasbourg à» Nismes, et de Brest à Toulon , et qu’en vain les ennemis du peuple vou-» draient lui attribuer, laquelle porte tous les caractères d’une influence se-» crête, b Mais ces tentatives d'intimidation ne servirent, comme à Paris ,qu’à aliéner au roi l’esprit de la nation et à creuser plus profondément l’a-bîme où allait s’engloutir la royauté. Là, comme à Paris , les mesures prisesfurent mal concertées et imprudentes. Partout les milices s’organisèrentpour repousser la force par la force, et les troupes n’hésistèrent pas à em-brasser la cause du peuple. Les premiers mouvements insurrectionnels écla-tèrent à Lille . On avait porté sur ce point des forces considérables dans lebut, disait-on, de s’emparer de cette porte de la France et de l’ouvrir aux sol-dats allemands de la Confédération , s’il en était besoin.
Plusieurs lettres de Paris avertissaient les Lillois de se tenir sur leursgardes, qu’il y aurait chez eux une crise meurtrière. Quelques nobles, et en-tre autres madame de Clermont-Tonnerre, avaient distribué une vingtainede mille francs dans les cabarets et affranchi les boissons des régiments decavalerie de l’ex-prince de Condé, de Colonelle-Générale et des chasseurs deNormandie , tous soupçonnés d’aristocratie. On voulait commencer la guerrecivile à Lille en les faisant battre contre Royal-Vaisseau et la Couronne , deuxrégiments d’infanterie connus par leurs sentiments patriotiques.
La querelle entre ces corps commença par des propos insultants de la partdes deux premiers régiments contre les derniers ; des réparations en duelfurent demandées à l’instant, et l’affaire devint bientôt si animée, qu'un piquetde chasseurs à cheval chargea le sabre à la main les soldats d’infanterie. Quel-ques sous-officiers des corps à cheval, plus sensés que les autres, parvinrentà mettre un terme à cette lutte et à obtenir qu’on nommât vingt députés dechaque régiment et un capitaine pour s’expliquer. Mais les députés des chas-seurs de Normandie avaient reçu de leurs chefs de l’argent pour gagner lesdéputés de l’infanterie, ce fait fut connu. Une nouvelle explosion s’en suivit.Un chasseur deNormandie tire un coup de pistolet à un sergent-major de la Cou-ronne; en le manquant il tue la sentinelle du maire de la ville (i). Un autrechasseur du même corps attaque un grenadier et fait feu sur lui. Celui-ci crieaux armes, les soldats de Colonelle-Générale veulent s’emparer de l’arsenal, ilssont repoussés deux fois; ils tentent alors de surprendre la place, ils n’y réus-sissent pas et vont s’enfermer dans la citadelle. Les habitants de Lille prennent parti pour les régiments d’infanterie, chassent de leurs murs les