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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

plaça en arrière avec 16 bataillons formés en colonnes. Leveneur, avec 12bataillons et 16 escadrons se dirigeait par Previeux-sur-Virgirey, pour tournerlui-même la gauche de l’ennemi.

L’armée prussienne, qui avait suivi le mouvement de ses avant-gardes,s’avançait en prolongeant sa droite pour gagner la route de Châlons à Sainte-Menehould . Â 10 heures le brouillard tomba entièrement, et les guerriers deFrédéric-Guillaume purent apercevoir la position des Français . Ils étaient sousles armes et rangés sur deux lignes, leur cavalerie postée en arrière de Gi-zaucourt et le gros de leurs bataillons à Valmy, que Kellermann avait garnid’une nombreuse artillerie. Un grand silence régnait dans le camp français .

« Nos jeunes soldats, dit M. Thiers , voyaient les Prussiens s’avancer avecl’assurance des vieilles troupes aguerries ; c’était pour la première fois qu’ilsse trouvaient au nombre de 100,000 hommes sur un champ de bataille, etqu’ils allaient croiser la baïonnette; ils ne connaissaient encore ni eux ni lesennemis, et ils se regardaient avec inquiétude. Kellermann entre dans lesretranchements, dispose ses troupes par colonnes d’un bataillon de front etleur ordonne, lorsque les Prussiens seront à une certaine distance, de ne pasles attendre et de courir au devant d’eux à la baïonnette. Puis il éleva la voixet cria : vive la nation. On pouvait être brave ou lâche, le cri de vive la na-tion ne fait que des braves, et nos jeunes soldats, entraînés, marchèrent répé-tant le cri de : vive la nation. »

Les Prussiens, qui s’avançaient sur deux lignes, se formèrent aussitôten trois colonnes d’attaque par échelons. Des batteries de 6 appuyaientchaque colonne. Ils manœuvraient pour s’emparer des hauteurs de Gizau-court et de la Lune . La canonnade -s’engagea avec vivacité. Deux obus,ayant fait éclater des caissons près des postes de Valmy, causèrent un granddésordre dans l’armée française, un mouvement rétrograde de la premièreligne augmenta encore ce désordre; les conducteurs de charrois, qui étaientalors des paysans mis en réquisition, ajoutèrent à la confusion en s’enfuyantavec leurs caissons, et cela fut cause que le feu se ralentit faute de muni-tions. Le moment était critique. Il était alors onze heures : Kellermann semultiplie, il ordonne au général d’Aboville, qui commande la réserve d’artil-lerie à cheval, de se placer près du moulin. Ses feux permirent à la première li-gne de reprendre sa position. C’est alors que le duc de Brunswick, qui avaitsuivi l’effet de ses batteries dans les rangs français , voyant que l’ordre s’y ré-tablissait, résolut de tenter une nouvelle attaque plus énergique : il dirigeases colonnes vers les hauteurs de Valmy, elles s’avancèrent avec l’aplomb quicaractérise les troupes manœuvrières. C’est dans cet instant que Kellermannfit aux soldats cette courte harangue : « Camarades, le moment de la victoire estarrivé, laissons avancer l'ennemi sans tirer un seul coup, et chargeons-le à la baïon-nettes Et mettant son chapeau au haut de son épée, il l’agita en criant : Vivela nation. Ce cri fut aussitôt répété d’un bout de la ligne à l’autre, et ranimal’enthousiasme des troupes. Les Prussiens s’arrêtent et hésitent ; Bruns-wick, qui n’ordonnait la bataille qu’à regret, craignant que l’issue ne fût dou-