278
HISTOIRE DE L’ARMÉE
constatent que du 29 août au 21 septembre, période pendant laquelle s’accom-plirent ces événements, il ne plut que trois jours sur vingt-deux, et que ce fu-rent des pluies d’orages, chaudeset rapides. Et cependant comment croire qu’unhomme comme Fréderic-Guillaume se serait laissé acheter à prix d’or? Com-ment supposer que Brunswick se fût laissé volontairement couvrir de ridiculeet de honte, sans se justifierai un traité eût en effet été conclu; et enfin on nevoit pas pourquoi Dumouriez n’eût pas expliqué, aux yeux des militaires, quelleavait été la cause de sa conduite au moment de la retraite des Prussiens.
Quoi qu’il en soit de ce mystère historique, l’armée prussienne avait évacuéla France , et l’effet de leur départ avait été décisif pour l’armée française.Ces hommes qu’on représentait comme un ramas de savetiers et de tailleursavaient résisté aux soldats du grand Frédéric. Ces officiers qu’on disait si ri-dicules et si mal instruits, s’étaient montrés pleins de courage et d’expé-rience; on aurait eu peine à reconnaître en eux des sous-officiers de la veille,tant leur tenue était belle et imposante, tant ils avaient déployé de constanceet d’habileté devant un ennemi supérieur en nombre. Dumouriez , malgré degrandes fautes de détail, avait montré des talents supérieurs dans cette cam-pagne. Il avait semé partout, sur son passage, les éclairs de son génie, etsauvé la France de l’invasion.
Pendant que les Prussiens pénétraient dans la Champagne , les Autrichiens,conduits par le duc de Saxe-Teschen, opéraient dans les Pays-Bas, et met-taient le siège devant Lille . C’est une belle page d’histoire que celle de l’hé-roïsme de cette grande ville, sentinelle avancée des frontières du Nord , et quirésista si fièrement à l’invasion étrangère. La conduite des habitants de Lille contribua puissamment à relever aux yeux de l’Europe l’esprit de la révolu-tion française et à donner la mesure de son énergie.
Placée à l’extrême frontière de la France et admirablement fortifiée parVauban , cette ville renfermait alors une population de 60,000 habitants;mais la garnison se composait à peine de 6 à 7,000 hommes, c’est-à-dire lamoitié du nombre nécessaire pour une défense dans toutes les règles; encorela plupart de ces troupes était-elle composées de volontaires, braves mais sansinstruction et sans expérience, dont la plupart savaient à peine se servir deleurs armes. 1,200 cavaliers, en partie démontés, faisaient le service de laplace, et 132 canonniers seulement étaient chargés de la direction de la nom-breuse artillerie de remparts (1).
k L’armée du duc Albert de Saxe-Teschen qui venait pour s’emparer de laville n’était forte que de 25,000 hommes d’infanterie, de 8,000 chevaux, de50 pièces et de 12 mortiers. Ces moyens étaient évidemment insuffisants ;
Volontaires nationaux des départements de :la Manche, 522 ; — l' r de l’Oise , 457 ; — 3'de l’Oise, 457 ; — 4* de la Somme , 576. Total2012.
Infanterie : 15' régiment et l' r bataillon, 666;— 24* régiment et 2' bataillon, 576; — 56* ré-
giment et 2' bataillon, 645 ; — 90' régimentet 2' bataillon, 513. Total 2,400.
Artillerie : 3' régiment, 132.
Cavalerie : 6' régiment, 356 ; — i 3 e régiment,450; — l' r escadron de hussards, 322. Totalau 5 septembre, 5,672.