ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 279
mais les ennemis, imbus alors de la fausse opinion qu’on leur avait donnéedes troupes françaises , les croyaient incapables de résister; la reddition deLongwy et Verdun les avait d’ailleurs tellement enhardis que le duc Albertne craignit pas d’entreprendre ce siège, que les plus grands capitaines avaienthésité à faire avec des armées formidables et un attirail de 80 mortiers etde 120 pièces de siège. Il aurait dû cependant se rappeler combien, à quatre-vingts ans d’intervalle, avait été glorieuse la défense de Lille par le duc deBoufflers, et si le général qui y commandait n’avait ni la réputation ni les ta-lents du général de Louis XIV , ce n’était pas moins un capitaine actif, intelli-gent et un homme de cœur. En effet, le général Renault , commandant en chefde Lille , avait pris toutes les mesures convenables pour une défense sage et vi-goureuse. Il eut besoin d’une fermeté extraordinaire, on pourrait dire héroïque,pour résister à toutes les demandes, à toutes les motions, à toutes les proposi-tions extravagantes qui lui étaient faites à chaque instant par des habitants detoutes les classes et de toutes les professions : les uns, poussés par un zèleignorant, les autres conduits peut-être par des motifs aussi éclairés que per-fides ; mais tous l’accusant de trahison lorsqu’il ne se prêtait pas à leursprojets funestes. Ce général s’appliqua surtout à conserver ses communica-tions libres avec Béthune, Dunkerque et les autres places dont il pouvait tirerdes secours et des vivres par la Lys et la Dyle, petites rivières que l’ennemin’osa point passer.
L’investissement de Lille commença le 23 septembre, et la tranchée futouverte immédiatement, b batteries armées de 30 pièces ayant été achevéesdans la nuit du 28 au 29, le duc envoya sommer la ville-. Le général Renault et la municipalité répondirent à ses menaces avec fermeté et noblesse, etl’envoyé autrichien fut reconduit par le peuple aux cris de vive la nation1vive la liberté!
Le feu des batteries s’ouvrit immédiatement avec un horrible fracas contrela ville, et avant la fin du jour un grand nombre de maisons et d’édificesétaient devenus la proie des flammes. La population de Lille fut d’abordeffrayée du terrible effet des batteries et des bombes ennemies. Le conseilleguerre prit aussitôt toutes les précautions que nécessitaient les circonstances.Les pompes de la ville étaient prêtes, des réservoirs d’eau furent disposéspartout et des patrouilles parcoururent toutes les rues pour se porter sur lespoints dévorés par l’incendie. Malgré ces précautions, plus d’un courage s’é-branla quand on vit tomber sur la ville cette pluie de feu et de fer. Mais lais-sons la peinture de ce sombre tableau au savant général Marescot, un desdéfenseurs de Lille .
« Enfin, à trois heures, une décharge de vingt-quatre canons de gros ca-libre, de douze mortiers et de quelques obusiers, part des tranchées ennemies.Cette décharge est suivie de plusieurs autres qui se succèdent avec rapidité,et qui bientôt dégénèrent en un feu réglé, extrêmement vif, qui couvre laville d’une grêle de bombes, d’obus et de boulets rouges. A ce signal, l’ar-tillerie de la place redouble d’ardeur ; et, mêlant son fracas à celui de l’ar-