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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMEE

tillerie autrichienne, on entendit, pendant le reste de la journée, un feu rou-lant de canons, de mortiers, de bombes, qui se prolongea pendant la nuit.Les habitants, effrayés, fuient de leurs maisons. Soudain les rues, les placespubliques sont désertes. Bien plus efficacement que les patrouilles, les bom-bes et les boulets bondissants dispersent les groupes nombreux qu’une cu-riosité inquiète et la gravité des circonstances ont rassemblés çà et là, etparmi lesquels la malveillance et la faiblesse hasardaient déjà des propositionssinistres.

« Bientôt le feu se manifeste aux casernes de Fives, à l’église de Saint-Étienne et dans différents quartiers de la ville. Des secours prompts et abon-dants, tantôt efficaces, tantôt inutiles, conduits par les officiers municipauxet les chefs militaires, sont portés partout avec rapidité. La mort vole surcette ville populeuse. Une terreur muette est peinte sur tous les visages, effetnaturel d’un patriotisme décidé qui combat une frayeur passagère. La nuitvient encore ajouter à l’horreur de cette situation. Le quartier de Saint-Sauveur, plus immédiatement exposé aux coups, devient le foyer de l’incen-die le plus violeut. Une pluie extraordinaire de bombes et de boulets le rendinaccessible aux secours le plus intrépides. En vain deux magistrats et l’ad-judant du génie Flayelle y pénètrent momentanément, ils n’y peuvent tenirque quelques instants, ils n’en sortent qu'à travers mille périls. ]Se pouvantpas y éteindre les flammes, on se borne à mettre un terme à leur progrès, età les empêcher de franchir les rues qu’on leur prescrit pour limites. Plusieursfamilles, qui s’étaient réfugiées pêle-mêle dans des caves, se croyant en sû-reté sous de faibles voûtes, y trouvèrent une mort cruelle, étouffées par lefeu et la fumée, écrasées par les bombes ou par les débris de leurs maisonsembrasées. »

Après ce premier mouvement de terreur qui fait encore mieux ressortirleur patriotisme, les habitants de Lille se montrèrent supérieurs à la crainteet à la fureur du duc Albert, et leur énergie s’éleva jusqu’à l’héroïsme. Ils or-ganisèrent avec la plus grande activité les moyens de prévenir l'effet du bom-bardement. Pendant qu’une partie de la population servait sur les remparts,le reste veillait à l'intérieur. Les uns se plaçaient sur lo point le plus élevé dechaque maison, les autres restaient jour et nuit sur le seuil des portes. Onvoyait venir les bombes; on reconnaissait les boulets rouges; on s’avertissaitmutuellement, et les projectiles enflammés ou ardents étaient saisis à l’ins-tant de leur chute avec des casseroles ou avec des pinces et jetés dans deschaudrons pleins d’eau. L’activité des secours était prodigieuse : un signalconvenu avertissait les habitants du voisinage, et à l’instant vingt ou trentepersonnes se précipitaient sur le globe incendiaire. Femmes, enfants,vieillards, tous faisaient ce pénible et dangereux service. Bientôt les habi-tants furent tellement familiarisés avec les dangers du siège, que la téméritésuccéda à la terreur, et qu’ils virent avec une héroïque insouciance dévasterleur belle et opulente cité.

Le bombardement dura, sans interruption, du 29 septembre au 5 octobre,