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Tome second.
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282 HISTOIRE DE L’ARMÉE

pline brutale du comte de Saint-Germain ; mais il était adoré du soldat, mal-gré son caractère dur et hautain. Ce général fut une des premières victimesjetées à l’échafaud par ces rudes inquisiteurs de la Convention, qu’on nom-mait les représentants du peuple, et qui vinrent organiser à l’armée la ter-reur qui sévissait dans l’intérieur de la nation. « Sa manière de haranguer,dit le général Gouvion-Saint-Cyr , qui avait servi sous ses ordres à l’armée duRhin ; sa tournure militaire, quoique un peu grotesque en raison des énormesmoustaches qu’il portait, ne contribuaient pas peu à exciter l’enthousiasmedu soldat pour sa propre personne. Je n’ai point vu de guerriers qui fussentaussi aimés. Il était brave, actif; un jour d’affaire, on le voyait partout.C’était aussi le général qui faisait les plus grands efforts pour établir parmises troupes une bonne discipline ; et sous ce rapport, l’armée du Rhin s’estressentie longtemps de l’avoir eu pour chef. »

Custine était l’homme qu'il fallait pour une pareille entreprise : il l’exécutarésolûment. Spire fut enlevé sans résistance le 30 septembre. Enhardi par lesuccès, il pénétra dans Worms sans rencontrer plus de difficultés, et obli-gea une garnison de deux mille sept cents hommes à mettre bas les armes; ilprit ensuite Franckenthal, et songea à s’emparer de Mayence . C’était une en-treprise insensée que de vouloir faire le siège d’une ville telle que Mayence avec dix-sept mille hommes ; mais les idées démocratiques de la France avaient trouvé de puissants échos en Allemagne ; Custine s’était créé desintelligences dans la ville, et voulait l’enlever par un coup de main, lors-qu’elle lui ouvrit ses portes le 21 octobre. On n’avait pas tiré une seule vo-lée de canon.

Ce succès inespéré causa en France une ivresse indicible. Mayence , le bou-levard de l’Allemagne , la vieille et forte cité de la confédération, voyait flotterdans ses murs le drapeau tricolore. Il n’y avait rien d'impossible désormaispour la France ; marcher en avant fut le cri général. En effet, en ce moment,les trois armées de Dumouriez , de Kellermann et de Custine étaient, par laplus heureuse rencontre, placées de manière à détruire les ennemis et àconquérir, par une seule marche, toute la ligne du Rhin jusqu’à la mer. SiDumouriez eût poursuivi les Prussiens dans leur retraite avec son corps d’ar-mée et celui de Kellermann, c’est-à-dire, avec quatre-vingt mille hommes en-viron; si en même temps Custine, maître de Mayence et descendant le Rhin jusqu’à Coblentz , se fût jeté sur leurs derrières, on les aurait accablés infailli-blement. Puis, suivant le cours du Rhin jusqu’en Hollande, on prenait à re-vers le duc Albert, on l’obligeait à déposer les armes, on s’emparait de toutesles villes situées sur le Rhin , et la campagne était terminée en un mois. Maisaucun de ces trois généraux ne pensa à mettre à profit cette heureuse posi-tion : Dumouriez ne songeait qu’à son expédition de Belgique ; il était d’ail-leurs retenu par ses engagements avec Brunswick; il laissa donc le généralKellermann poursuivre, ou plutôt feindre de poursuivre les Prussiens; car cegénéral n’était pas homme à prendre sur lui une résolution aussi hardie : il seborna à établir ses troupes autour de Metz . Custine, de son côté, fier de ses