281 HISTOIRE DE L’ARMÉE
Le plan de Dumouriez était d’attaquer l’ennemi de front, de l’attaquer surtous les points où il ferait de larésistance, et de relever l’éclat des armes de lanation française par une grande victoire. 11 aurait pu, par unesavante manœu-vre, suivre la Meuse , empêcher la jonction de Clairfaytavecle duc Albert, etprendre celui-ci à revers; mais Dumouriez cherchait surtout l’occasion d’unebataille rangée. Cette idée ne manquait pas de profondeur : depuis la guerre deSept-Ans, on disait en Europe que les troupes françaises , excellentes pour uncoupdemain, n’étaient pas propres àsoutenir uneactionimportante;iltenaitàeffacer glorieusement ce préjugé. Et puis une grande victoire allait réhabiliteraux yeux des peuples cette révolution française, dont les excès commençaientà effrayer le monde, et augmenter sa propre influence. Quoi qu’il en soit, Du-mouriez prit les dispositions suivantes : Labourdonnaye reçut l’ordre de seporter sur Tournay , couvert par le général autrichien Latour, et d’obligerainsi l’ennemi à étendre sa ligne de défense. Le général Valence devait mar-cher de Givet sur Namur et sur Liège, pendant que lui, Dumouriez , marche-rait directement sur Bruxelles par Mons , où l’ennemi avait concentré ses for-ces; enfin d’Harville, avec la réserve, devait se mouvoir entre la grande ar-mée et Valence, pour tourner l’ennemi.
La Belgique se trouvait ainsi littéralement enfermée dans un cercle dont legénéral en chef formait le centre. Tel fut l’ensemble du plan qui subit quel-ques changements dans les détails par suite d’événements ultérieurs.
Du côté des ennemis, l’extrême droite, de 8,000 hommes, occupait le campde la Trinité, près de Tournay , sous les ordres du général Latour. 20,000hommes étaient retranchés sous Mons aux ordres du duc Albert. Une divisionmasquait Condé et communiquait avec un corps placé à Bury. D’autres corps,moins nombreux, occupaient le confluent de la Lys et de la Marpe, et lesvilles de Turcoing, de Lannoy et de Roubaix . Le duc Albert campait avec15,000 hommes en avant de Mons . Le général Beaulieu commandait la gauchesur les hauteurs de Berthoymont; Clairfayt la droite sur celles de Jemmapeset de Cuesme. Ces positions, choisies depuis longtemps pour servir dechamp de bataille, avaient été retranchées avec un soin particulier. 14 re-doutes, armées de 36 pièces, en couvraient les points accessibles. Indépen-damment de cette artillerie, 18 bouches à feu de gros calibre formaient laréserve, et les pièces des régiments étaient distribuées sur le front. Les villagesde Jemmapes et de Cuesme et le taillis de Flesser couvraient le centre ; letaillis et les villages barricadés étaient occupés par quelques compagnies dochasseurs tyroliens. Quaraignon à l’extrême droite, comme Sply à la gauche,étaient défendus chacun par un bataillon.La position, comme on le voit en sui-vant les opérations sur la carte, était trop étendue pour si peu de forces, etle point décisif à la gauche se trouvait en même temps le plus faible. D’ailleursles rives marécageuses de la llayne, qui coule derrière la position, ne lais-saient en cas d’échec d’autre issue que la ville de Mons , et le moindre pas ré-trograde de la gauche eût mis Clairfayt dans l’impossibilité d’en regagnerles portes.