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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 285

Maintenant empruntons quelques détails sur cette journée célèbre, à l’ou-vrage si remarquable de M. de Lamartine (1).

«Le champ de bataille qu’ils (les Autrichiens) avaient ainsi bastionnéde ma-melons, palissadé de forêts, enceint de marais, de canaux et de rivières,comme une immense place forte, est une chaîne de collines à peine ondoyéede quelques inflexions aux points où elles se rattachent entre elles et qui s’é-tend à une demi-lieue en avant deMons . Cette ligne de hauteurs est couverteau sommet d’une forêt. Le village de Jemmapes, étagé sur les derniers gradinsde cette colline, en termine l’extrémité à droite; à gauche, elle vient inclineret s’affaisser au village de Cuesme. L’espace compris entre ces deux villages,dont les Autrichiens avaient fait deux citadelles, forme par la disposition na-turelle du terrain deux ou trois angles rentrants où des batteries avaient étéplacées pour foudroyer de feux croisés les colonnes qui tenteraient de gravirla hauteur.

« En avant s’étend,-comme le bassin d’un lac écoulé, une plaine profonde,étroite, et dont les terres basses forment des détroits et des anses entre lesmamelons brisés qui la bordent. Derrière, et surtout du côté de Jemmapes, lacolline qui portait le camp et les redoutes de l’armée autrichienne plongedans un marais entrecoupé de canaux de dessèchement, de flaques d’eau crou-pissante, de sol aqueux et tremblant sous les pieds et de joncs formant deshaies élevées sur les rebords des fossés qui en rendent l’accès inabordable àla cavalerie et à l’artillerie. Couverte en arrière par ce marais et par la villede Mons , flanquée â son aile droite par le village de Jemmapes, à son aile gau-che par le village de Cuesme qui touche aux faubourgs de cette grande villefermée, l’armée autrichiene, ayant devant elle, sous ses pieds, ses batterieset ses redoutes armées de cent vingt pièces de canon, et ses avant-postes for-tifiés sur les dernières ondulations, qui s’avançaient dans la plaine, n’avaitdonc rien à craindre sur sa ligne de retraite et sur ses flancs et n’avait qu’àcombattre en face d’elle les Français s’avançant à découvert sous ses feux etdans un bassin qu’elle enveloppait de toutes parts. Le coup d’œil des deuxgénéraux autrichiens avait suppléé au nombre par l’assiette formidable de leur

(1) En empruntant à l’auteur des Girondins cesdétails sur la bataille de Jemmapes, un de3plus beaux fragments de ce livre, et qui pose si admirablement notre armée nationale, nousferons observer à nos lecteurs qu’ils ne doivent pas accepter entièrement les enseignementshistoriques de l’écrivain.La journée de Jemmapes, ainsi que nous le dirons plus tard, fut plutôtlui combat qu’une bataille, malgré toute l’importance que lui attribue M. de Lamartine. Ladescription de l’armée et des uniformes, est un récit d’épopée. Notre célèbre artiste, M. Phi-lippoteaux lui-même, n’a pas rendu avec plus de précision les détails des type» de cette ar-mée. Seulement, sous ce rapport, nous croyons que l’auteur s’est quelquefois égaré; ainsi,les volontaires ne portaient point la simple plume de coq dont parle l’auteur; les cannon-niers n'avaient point l’uniforme dont il les pare; et enfin les compagnies de sapeurs, pion-niers et ouvriers n’étaient point armées de haches, puisque la hache n’a été portée en lignepar nos sapeurs d’infanterie qu’en 1806. Nous pourrions faire la même observation pour lesuniformes étrangers ; mais, à part ces fautes imperceptibles, cette page est si belle, si écla-tante, que nous n’avons pu résister au plaisir de la retranscrire.