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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS
Beurnonville devaient avant emporter une des deux extrémités plus accessi-bles de Jemmapes ou de Cuesme. L’une ou l’autre de ces positions était laseule porte par où l’armée française pût déboucher sur le plateau et aborderen flanc ou tourner l’armée autrichienne.
<< Dumouriez faisait ses dispositions au milieu de son état-major, sur la carteplutôt que sur le coup d’oeil des lieux. Les haies, les bouquets de bois, lesgrands arbres qui bordent les champs et les routes dans les grasses terres deBelgique interceptaient tout horizon étendu au regard du général. Des corpsdisséminés sur une grande ligne combinent leurs mouvements, pour ainsidire, à tâtons, et dans une bataille d’un développement immense on combatau bruit plus qu’au coup d’œil.
« La nuit enveloppait les deux armées quand ces différents ordres furent dis-tribués aux lieutenants de Dumouriez avec tous leurs détails. Des dragons oudes hussards munis de torches escortèrent dans les routes et dans les sen-tiers les aides de camp et les généraux qui rentraient dans leurs bivouacspour se préparer à l’action du lendemain. L’armée dormit en bataille, le sacsur le dos et sur ses armes, les canonniers à leurs pièces, les canons attelés etles brides des chevaux passées sous les bras des cavaliers. Dumouriez l’avaitainsi ordonné. Pour une bataille sur une ligne et composée de trois bataillesdistinctes dont les hasards pouvaient prolonger les incertitudes, le généralne voulait pas perdre une lueur du crépuscule dans une saison où les jours sicourts disputent la lumière aux combattants. Il craignait de plus que, si lavictoire n’avait pas donné ses résultats avant le retour des ténèbres, l’ennemien retraite ne profitât de l’ombre de la nuit pour rentrer dans Mons et pouréchapper à sa poursuite.
a Les premières lueurs du ciel sur la terre ondulée de Belgique éclairèrentdonc l’armée française sous les armes. Le ciel était gris, bas, pluvieux commeun ciel d’automne dans ces climats du Nord. Une brume froide trempait le solet distillait en gouttes de pluie des branches des arbres. Les récoltes étaientenlevées des sillons, la terre était nue, les feuilles des arbres étaient tombées,aucun voile de moissons, de verdure ou de feuillage n’interceptait la vue aussiloin qu’elle pouvait s’étendre sur les lignes noires et bleues des bataillons etdes escadrons qui attendaient en silence l’ordre de s’ébranler de leurs posi-tions. On eût dit que la terre était vidée et balayée pour ne pas laisser foulerses moissons et mutiler ses rameaux par les roues des caissons, les pieds deschevaux et les pas de ces cinq cent mille combattants qui allaient s’entre-cho-quer sur son sein.
« Le coupd’œilsévère, martial, réfléchi de l’armée autrichienne retranchéesur ses hauteurs, les bonnets fourrés des grenadiers hongrois, le manteaublanc de la cavalerie autrichienne, la veste bleu de ciel des hussards, l’habitgris des chasseurs tyroliens, l’immobilité des corps étagés, comme des spec-tateurs plutôt que comme des acteurs d’un combat sur les rebords des pla-teaux de Jemmapes, comme sur les glacis d’une citadelle, contrastaient avecl’aspect révolutionnaire et la mobilité tumultueuse de l’armée de Dumouriez ,