Band 
Tome second.
Seite
288
JPEG-Download
 

288

HISTOIRE DE L’ARMÉE

«somme si la providence des nations eût voulu placer face à face et faire lut-ter ensemble les deux plus grandes forces militaires : la discipline et l'en-thousiasme. »

Jetant ensuite un coup d’œil sur notre jeune armée, M. de Lamartineajoute :

a L’armée française, à l’exception des généraux, tous vieillis sous l’uni-forme, et de la cavalerie, dont les régiments se composaient d’anciens soldatssoigneusement conservés dans les cadres et fiers de leur instruction, étaitpresque tout entière formée de volontaires. Les uniformes, simples d’aspectet sombres de couleur, n’offraient à l’œil que de longues lignes d’un bleupresque noir, dont les ondulations, mal alignées sous le sabre des officiersnovices, attestaient l’inexpérience des manœuvres dans les soldats peu exer-cés. Des souliers de cuir épais; des guêtres de drap noir boutonnées jusqu’au-dessous du genou, et donnant plus de légèreté à la marche en appuyant et endessinant comme dans un fourreau les muscles de la jambe; une culotteblanche ; un habit dont les longues basques , comme les ailes d’un oiseau,battaient sur les talons; deux larges courroies de cuir blanc, se croisant surla poitrine, et servant l’une à soutenir la giberne sur le dos, l’autre à ceindrele sabre sur le flanc gauche ; deux autres courroies pareilles, mais plusétroites, passant par-dessus chaque épaule et repassant immédiatement sousl’aisselle, anses de cuir qui servaient à porter le sac de peau de chèvre dusoldat comme une hotte de manœuvre; des revers d’habit de drap rouge des-sinant comme une large tache de sang sur la poitrine ; un collet bas pour lais-ser libre le mouvement du cou; les cheveux longs, graissés et poudrés, pen-dants comme deux flocons de crinière sur les deux oreilles et ficelés par der-rière dans un ruban de fil noir qui les emprisonnait sur la nuque ; enfin, pourcoiffure, selon les corps, un léger casque de cuir solide surmonté d’une courteaigrette de crin en vergette, ou bien un chapeau à bords retroussés sur le-quel flottait une plume de coq : tel était le costume du volontaire français .

« Ses armes étaient un sabre court, couteau de réserve pour se poignardercorps à corps quand la baïonnette était brisée, et un long fusil à un seul tubede fer brillant, à l’extrémité duquel s’emmanchait une baïonnette pour per-cer la poitrine de l’ennemi quand le coup de feu était tiré. L’infanterie pres-que tout entière portait cet uniforme et cet armement. Les chasseurs l’allé-geaient pour être plus lestes: les grenadiers, ces géants de la ligne, rele-vaient leur haute taille par un long bonnet recouvert de fourrure noire dontles poils retombaient par devant sur une plaque de cuivre dorée ou argentée :cette plaque laissait voir, en lettres relevées en saillie, le numéro du régimentou le chiffre du bataillon.

«Les compagnies de sapeurs, pionniers et ouvriers militaires, dont les hom-mes étaient choisis à la masse et à la stature, portaient, à la place du fusil àbaïonnette, une large hache affilée et luisante, à manche court, appuyée surl’épaule, le tranchant en l’air, arme également propre à abattre des arbres surla route de l’armée, ou des membres sur le champ de bataille.