Band 
Tome second.
Seite
289
JPEG-Download
 

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 289

« Les canonniers portaient l’habit plus court, plus de couleurs brillantes etd’ornements sur l’uniforme : l’aiguillette en fil de coton entourait le bras gau-che; le casque argenté sur la tête, le plumet rouge sur le casque.

« La cavalerie, composée de gendarmes, de carabiniers, de cuirassiers, dedragons, de chasseurs et de hussards, selon la taille des cavaliers et la gran-deur des chevaux, brillait sur les ailes de chaque division. Ses chevaux, repo-sés dans les grasses plaines du Nord, hennissaient, piaffaient, creusaient lesol comme impatients des batailles. Les pièces de canon retentissant sur leursaffûts, suivies des caissons attelés et entourés des canonniers, la mèche à lamain, s’apprêtant à les servir, étaient couchées comme des troncs noirssur les charrettes des bûcherons. Partout on levait les tentes des officierssupérieurs, qui seules avaient été tendues cette nuit. Les files de voituresqui portaient le pain stationnaient derrière les bataillons. Les feux des bi-vouacs, entourés de munitionnaires et de cantinières distribuant l’eau-de-vie aux compagnies, s’éteignaient en jetant leurs dernières fumées rampantesqui se confondaient avec les brouillards du matin. De temps en temps un rou-lement des affûts sur le pavé des larges chaussées belges, un son de trom-pettes, un appel des tambours, annonçaient le mouvement de quelques corpsqui se déplaçaient lentement pour aller prendre la position assignée par l’or-dre du général.

«Tel était l’aspect des terrains fangeux de la plaine de Jemmapes, le matinde la bataille. Quant aux dispositions de l’armée, on oouvait aisément leslire sur le visage des volontaires. Ce n’était pas ce visage intrépide et morne,cette attitude immobile et martiale d’une armée consommée dans les ma-nœuvres et dans la discipline, qui donne aux mouvements et aux physiono-mies l’uniformité machinale du même geste et de la même expression; l’or-dre était mal conservé, l’habit et les armes inégalement portés, le silence fré-quemment interrompu, le respect pour les chefs familier et souvent violé pardes répliques et des railleries soldatesques; l’âge, les manières, la physiono-mie, le langage de ces volontaires, étaient divers. Quelques-uns étaient desadolescents à peine capables de porter le poids de trente livres dont chaquesoldat sous les armes était chargé. D’autres touchaient à la vieillesse etavaient la moustache blanche des vétérans. Le plus grand nombre était entredeux âges, de vingt à quarante ans. A la délicatesse ou à la rudesse des mains,à la blancheur ou au hàle de la peau, à l’élégance ou à la lourdeur des mem-bres, on voyait que ces bataillons n’avaient pas été recrutés dans la mêmeclasse du peuple, mais que tous les âges, tous les rangs, toutes les profes-sions s’y étaient mêlés et confondus : l’homme de loisir à côté de l'hommede peine, le fils de la bourgeoisie des villes à côté de l’homme du laboureurdes campagnes, le riche à côté du pauvre, le noble à côté du plébéien. Lesphysionomies, aussi différentes que les races d’hommes, ne se ressemblaientque par l’uniformité du courage. On sentait que ces hommes n’étaient pas làcomme des machines vivantes que la loi de la discipline et du recrutementenrôle et range comme des palissades vivantes devant l’ennemi; mais qu’ils

37

II.