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Tome second.
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HISTOIHE DE L’ARMÉE

étaient accourus sous une impulsion propre, soudaine, volontaire; que lacause pour laquelle ils marchaient, souffraient de la faim, frissonnaient dufroid, était leur cause personnelle; et que, dans cette bataille d’un peuplecontre l'Europe , c’était la victoire de son patriotisme et de ses idées que cha-cun d’eux voulait remporter. Il y avait de plus sur les figures une mobilitéinquiète, curieuse, agitée, qui indiquait que ces troupes étaient novices aufeu, inaccoutumées au bruit du canon ; attentives à la scène, elles atten-daient la bataille comme un spectacle autant que comme un combat. Cetteextrême sensibilité des visages et de l’âme dans les bataillons inquiétait etrassurait à la fois les chefs. Elle pouvait, selon l’impression de ces hommes,trop passionnés pour rester de sang-froid, se convertir sous le feu en paniqueou en enthousiasme, et faire de ces masses des masses de fuyards ou des ba-taillons de héros.

(«Pendant que Dumouriez , après avoir achevé son inspection, jetait en pas-sant à ses soldats de ces mots qui résument l’enthousiasme en un geste, etqui deviennent le mot d’ordre de la victoire, le combat s’engageait aux deuxextrémités de sa longue ligne de bataille par la droite et par la gauche. Agauche, le général Ferrand s’élançait au chant de la Marseillaise sur le villagefortifié de Quaraignon, poste avancé qu’il fallait emporter avant de pouvoirtourner la droite des Autrichiens ou escalader Jemmapes. Dumouriez , attentifau bruit du canon, qui grondait sans se déplacer depuis plus d’une heure dece côté, comprit que Ferrand trouvait là un obstacle irrésistible dans les bat-teries qui déjà, la veille, avaient fait reculer les bataillons belges . N’ayantaucun mouvement à faire ou à surveiller au centre immobile, il s’élance augalop vers Quaraignon pour animer par sa présence une attaque qui ne pou-vait échouer sans paralyser tous ses mouvements au centre et à droite. A sonapproche, Ferrand, foudroyé par le feu qui partait des maisons et balayé parles boulets des redoutes, semblait comme indécis, et, abrité.par les premièresmaisons du village, donner à ses bataillons le temps de respirer. Un mot etun geste de Dumouriez , qui montre de la main les hauteurs, raniment lesbataillons hésitants. Il lance son confident Thouvenot pour le remplacer lui-même dans l’impulsion et dans la direction de ces colonnes. Ferrand et Thou-venot, animés d’une généreuse émulation, reforment et ébranlent de nouveaules colonnes, s’élancent à leur tête sur le flanc droit et sur le flanc gauche duvillage, reçoivent trois fois la décharge des redoutes, les enlèvent au pas decourse et à la baïonnette, et, soutenus par quatre bataillons du général Ro-zières, qui comblent les vides dans leurs rangs, s’emparent de Quaraignon etde l’espace qui sépare Quaraignon de Jemmapes.

«Là, suivant les instructionsdeDumouriez, ils divisent leurs forces en deuxcolonnes : l’une, sous le commandement de Rozières, déploie huit escadronsen bataille sur la route, pendant que ce général, avec huit bataillons d’in-fanterie, aborde le village de Jemmapes par la gauche; l’autre, à la tête delaquelle marchent Ferrand et Thouvenot, forme l’attaque principale en co-lonnes par bataillons, et aborde Jemmapes de front et à la baïonnette pour