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Tome second.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

d’hiver en avant de la Meuse , et les ennemis épouvantés se croyaient à peineen sûreté derrière la Roër.

Trois mois avaient suffi pour changer ainsi les destinées de la France .Mais nos victoires, nos proclamations, nos principes, avaient profondémentébranlé la politique de l’Europe . De toutes parts on prit les armes, non pluspour défendre la cause de la royauté française , qui était perdue, mais pourdéfendre celle des autres royautés qui était menacée. Toutes les forces del’Allemagne , toutes celles de l’Ilalie étaient en mouvement; partout on orga-nisait des soldats. L’Espagne poussait déjà de nombreux bataillons vers lesPyrénées . La Hollande recrutait à grands frais des troupes mercenaires, etl’Angleterre armait secrètement des flottes formidables pour détruire notremarine, notre commerce, nos colonies. En même temps qu’elle encourageaitles révoltes qui désolaient nos départements de l’Ouest, elle répandait à pro-fusion les utopies de nos modernes républicains sur l'affranchissement des co-lonies, afin de préparer la ruine du bon système maritime de Louis XVI et lesprnjetsde son ministre M. de Yergennes pour l’agrandissement de la marinefrançaise . Ces déclamations eurent un si funeste retentissement que bientôtSaint-Domingue , la plus belle colonie du monde, fut en feu. La Corse elle-méme prit h-s armes sous l’impulsion de I* oli et chercha à se séparer de lamère patrie. Ainsi l’avenir s’annonçait menaçant pour la république naissante.Elle avai‘. grondé sur l’Europe comme un orage; et un autre orage, qui sem-blait de\nir l’étouffer, se formait au milieu des éclats de la foudre. Lu cerclede fer se resserrait tout autour de ses frontières; dans les mers, ses coloniesse révoltaient, sa marine était sans force, son commerce allait être à jamaisdétruit. C’est alors qu’éclata réellement en France le sentiment du patriotisme.C’est dans cette lutte qu’elle se montra réellement grande, énergique et ins-pirée ! Quelques volontaires nationaux s’étaient levés au bruit de l’invasionprussienne, et avaient regagné leurs foyers le danger passé. C’était la France tout entière qui allait s’armer pour sa défense quand la grande invasion despeuples de l’Europe déborda sur tous les points de ses frontières. C’est lemoment le plus beau, le plus solennel de l'histoire moderne.

« Quel spectacle imposant que ces quatorze armées répandues sur nos fron-tières, comme un vaste réseau destiné à saisir l’ennemi qui nous pressait detoutes parts! Comme elles eurent toutes, avec l’héroïsme du temps, leur phy-sionomie particulière, qu’elles tenaient de la nature des lieux, du caractère deleurs généraux et du genre d’obstacles et d’ennemis qu’elles avaient à com-battre ! Qui n’a pas comparé la bouillante activité de Hoche, à la tête de l’ar-mée de la Moselle, avec le sang-froid de Pichegru , commandant l’armée duRhin ; la reprise des lignes de Weissembourg avec la reprise de Toulon ; ledéblocus de Maubeuge avec celui de Landaw; notre seconde invasion de laBelgique avec la première? Qui n’a pas opposé notre course rapide sur lesglaces de la Hollande et la prise d’une flotte par un corps de çavalerie auxbrillants exploits des soldats qui escaladaient les Pyrénées , et passaient, demontagne en montagne, dans les retranchements ennemis? Un jour, ces